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Le riz, c’est la vie (2/2)

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Où en étais-je déjà ?

Ah oui, mon enquête s’est donc poursuivie aux Etats-Unis, que tout le monde s’accorde à qualifier de nouveau maître du Monde en attendant que ces foutus chinois ne prennent le pouvoir mondial grâce à leur extraordinaire vigueur sexuelle1.

Je me suis donc rendu deux fois là-bas. La première fois j’avais mis une grosse barbe postiche pour passer incognito, sauf que les douaniers m’ont pris pour un terroriste musulman  et m’ont gentiment tabassé avant de me remettre dans le premier vol pour l’Europe. Pas de chance pour moi, c’était un avion de fret qui transportait des poulets. Et le poulet, ça fouette odorifiquement parlant.

La seconde fois je me suis donc déguisé en français, avec mon béret et ma baguette sous le bras et j’ai pu passer sans encombres. Il m’a fallu me rendre dans les grandes plaines du mid-west, là où sont concentrées l’essentiel des cultures agricoles des Etats-Unis. Je pensais naïvement qu’il n’y avait là-bas qu’une poignée d’agriculteurs dans de gros pickups qui machouillaient fièrement du chewing-gum, et qu’ils n’y cultivaient que du soja et un certain art de vivre assez rural bien que très américain.

Et là, surprise. Déjà contrairement à ce que tous les documentaires veulent bien nous faire croire, il pleut énormément là-bas, à cause des changements climatiques que quelques fâcheux barbus et alter-mondialistes attribuent à la pollution, alors qu’en fait c’est juste une manoeuvre sournoise des chaînes de télé qui adorent produire des documentaires sur les tempêtes et les inondations. Résultat, le sol est assez marécageux et on y a même importé récemment des crocodiles de Floride pour faire plus vrai. S’il est vrai qu’il n’y a toujours que quelques fermiers ricains en chapeau de cowboy, ils sont désormais propriétaires de dizaines de milliers d’asiatiques qui bossent sans relâche dans d’immenses rizières. Propriétaires ? Oui oui, vous connaissez cette pratique ancestrale qu’avaient les chefs de villages africains de vendre leurs administrés aux colons esclavagistes afin de pouvoir se payer un grand écran plat au moment où nous en Europe n’avions encore que de petits écrans cathodiques même pas en couleur ? Et bien les asiatiques ont enfin découvert qu’ils pouvaient faire de même, et c’est par containers entiers que des familles débarquent en terre promise pour y manger des Cheese-Burgers et accessoirement faire le même boulot que de là où ils venaient, sauf qu’ils ont tatoués sur la fesse gauche “Property of John H. Murphy, Tenessee. Please return if found lost”.

Voyant l’étendue du dispositif, il me semblait impossible que le riz devienne une denrée rare, et c’est pourtant le cas. Non parce que je cause, je vous fais voyager (et parfois même rêver, si si), mais je voudrais qu’on ne quitte pas de l’esprit que la situation est critique ! Le Monde et moi en particulier sommes en manque de riz, et pourtant la production est au beau fixe.

N’écoutant que mon anglais approximatif, je me dirige vers un fier fermier campé sur ses bretelles et accompagné d’une canette de bière :

“- Euh Hello Mister President, I’m a french reporter and I would like to ask you if…
- Heh bad guy, if you’re trying to ask me where is Brian2, I swear I put your fucking head at the top of my pickup !
- Where is who ? No, I just want to ask you why there is a shortage of rice ? It seems that there is enough production, so where is the problem ?
- No problem stupid froggy ! We sell little quantities to Uncle Ben’s for it’s personal needs, and burn the rest.”

Pour les anglophobes, je traduis :

“- Salut mon pote, je suis Mickey Mouse et je voudrais te demander si…
- Salut Mickey, content de te connaître. J’aime beaucoup Dingo et Minnie et…
- Oui oui, mais pourquoi on ne trouve plus de riz nulle part alors que t’en produis visiblement plein ?
- Bah à part Uncle Ben’s qui en mange un peu, nous les ricains on n’aime pas trop ça alors on  brûle les récoltes. Et sinon j’aime beaucoup Fifi et Loulou, mais pas trop Riri et…
- Oui oui, merci !”

Bon il est évident que je n’allais pas m’arrêter à la parole d’un bouseux, j’ai donc investigué plus avant, et j’ai pu constaté que les Nord-Américains sont très en avance sur nous au niveau des énergies palliatives au pétrole. En effet, leur carburant est de l’alcool de riz, ils se chauffent en brûlant du riz, ils font des maisons en papier de riz pour les pauvres (parce que quand même, les riches ont de vraies maisons), ils payent leurs esclaves asiatiques en bols de riz, etc.

Mystère résolu. Je voudrais remercier tous les gens que j’ai pu rencontrer au cours de ce reportage, les familles des victimes de Copine, les autorités Congolaises pour n’avoir pas interféré dans mon enquête, et George Washington parce qu’il est cool (bien qu’il soit mort).

Note pour les esprits observateurs qui ont bien remarqué que la première note qualifie les Etats-Unis de nouveaux pauvres : J’ai vérifié, c’étaient bien des affabulations de vieillard alcoolique. Tant pis pour tous ceux qui sont anti-américains, je vous ai fait une fausse joie.


  1. J’ai fait une note là-dessus, vous vous en souvenez n’est-ce pas ?[]
  2. Il paraît que Gad Elmaleh n’a pas arrêté de les soûler avec ça la dernière fois qu’il est passé aux Etats-Unis, et depuis la question reste un sujet à ne pas aborder.[]

Le riz, c’est la vie (1/2)

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On m’a demandé dans les commentaires de la note précédente d’autres notes sur “la France d’après”. Ce qui tombe bien, puisque j’avais l’intention de vous parler de l’augmentation exhorbitante du prix des produits de base comme les nouilles, le riz et les légumes verts. Commençons tout de suite par écarter les pâtes et les légumes verts, dont je me contrefous. Non le vrai scandale, c’est le riz !

Mon équipe de reporters s’est faufilé dans les méandres de la grande distribution et a remonté toute la filière, voici en exclusivité un grand reportage d’investigation dans le milieu scabreux des producteurs de riz.

Après avoir tabassé interrogé Roger, responsable des achats de riz chez Poney Ailé1, nous avons obtenu l’adresse du grossiste chez qui toutes les marques riz sans exception se fournissent. Un grossiste qui se soucie énormément de sa discrétion par ailleurs, puisque même ses clients ne sont pas autorisés à utiliser son nom. La plupart l’appellent “Le mystérieux grossiste anonyme qui vend du riz”. Il faut dire que la plupart de ses clients sont des restos chinois, qui aiment donner des noms à rallonge à tout ce qu’ils voient.

Pour m’introduire chez ces individus, il me fallait une personne à la pointe de l’infiltration en milieu hostile. Fort logiquement, j’ai donc choisi Albane (alias Copine) qui évolue chaque jour dans une crèche plein de marmots. Après que je lui ai rappelé l’importance de n’être vue par personne afin qu’on ne puisse pas soupçonner une infiltration, Copine a mis son costume bleu ciel métallisé, un string mauve par dessus et quand même une petite laine parce qu’il faisait froid, puis elle a volé une fourgonnette dans la rue bordant l’entrepôt du fournisseur avant de s’en servir comme bélier pour défoncer la porte du hangar. Bien évidemment, les gardiens ont moyennement apprécié de se faire interrompre dans leur partie de carte, aussi ont-ils sorti les chiens, leurs fusils et un orchestre de country pour mettre de l’ambiance. Je pourrais évidemment vous raconter ce qui s’est passé ensuite, mais ma ligne éditoriale ne permet pas de relater autant de violence. Je peux juste vous dire que les familles des gardiens ont été bien tristes lors de leur enterrement.

Comme Copine a tué tout le monde, ça a fortement compliqué notre enquête. Du coup il a fallu se rendre directement au coeur du problème, au fin fond du sud asiatique.
Sauf qu’en fait, une fois arrivé là-bas il n’y avait rien à part deux chiens miteux et un poivrot qui ne l’était pas moins. Après l’avoir secoué un peu, le vieux m’a dit qu’il n’y avait plus de culture de riz dans la région depuis deux décennies et que tout avait été délocalisé chez les nouveaux pauvres de la planète, les Etats-Unis.
Je me suis dit que ce pauvre ivrogne était trop imbibé et qu’il racontait n’importe quoi. Pris d’un doute, j’ai donc reporté la suite de cette note à une autre fois.


  1. Petit jeu : retrouvez la marque réelle qui se cache habilement derrière ma marque bidon. Non, ce n’est pas Uncle Ben’s.[]

Je suis insoldable

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Samedi dernier on est allé faire les soldes. Pour ma part je m’étais préparé à une foule en délire, à des empoignades entre ménagères, des bastons, des cris, des fringues déchirées et tout. J’avais même pris mon appareil photo pour immortaliser tout ça.

Sauf que j’ai été bien déçu. Les magasins étaient tellement vides que les rares clients ne prenaient même pas la peine d’aller dans les cabines pour faire les essayages. De toute façon avec deux clients à l’heure, on avait carrrément l’impression d’être un VIP.
Dans un des magasins, alors que je me dirigeais vers le fond une vendeuse m’a arrêté en disant que personne n’était allé là-bas depuis deux mois, et que le coin n’était peut-être pas sûr. Comme je suis un fanfaron, j’y suis allé quand même. En fait une communauté de hippies s’y était installé, ils étaient en train de fumer des trucs louches autour d’un feu en chantant. L’un deux m’a confié que depuis la crise du pouvoir d’achat, ils pouvaient sortir des campagnes isolées pour se rapprocher des villes incognito.
“Notre retour est proche !”, m’a-t-il dit avant de partir dans un long ricanement machiavélique. Comme quoi même les hippies peuvent être mégalos. Avant de revenir vers l’entrée de la boutique, j’ai quand même pris le temps de voler une ou deux paires de chaussettes. Comme de toute façon les caméras étaient désactivées depuis longtemps1, je ne risquais rien.

En ressortant avec un sac contenant un string pour Albane et un slip kangourou mauve pour moi, nous avons commis l’erreur de ne pas cacher que nous avions fait un achat. Les autres reponsables de magasins se sont jetés sur nous comme des vautours sur un cowboy égaré, nous proposant des séjours “all inclusive” dans des îles paradisiaques si nous consentions à acheter une tongue (pour la paire, on nous offrait carrément un tour du monde). J’ai été obligé de m’en débarrasser en leur criant : “Là, des touristes texans !”. Comme chacun sait, le touriste texan est riche et a très mauvais goût, ce qui en fait un met de choix pour les magasins proposant le dernier cri en matière de mode. La nuée de gérants est partie vers la direction vague que j’avais indiqué, et nous avons pu revenir à notre voiture à pédales sans encombres.
Entendons-nous bien, les pédales c’est pas nous, je parlais du mode de propulsion de notre véhicule. En effet, ça fait bien longtemps que nous avons abandonné l’idée de rouler à l’essence, et on a acheté à la place une voiturette à pédales comme on en trouve dans les campings. Ca reste toujours moins cher que la charette et l’âne attelé dessus, et ça nous permet de garder la forme.
C’est pas qu’on n’a pas les moyens, on est des gros bourgeois. La preuve, on a deux chats chez nous et c’est même pas pour les manger.


  1. Quand j’ai demandé pourquoi, les vendeuses m’ont dit que même les voleurs n’avaient plus les moyens de prendre la voiture pour venir jusque dans les boutiques.[]