Bienvenue à la Bureaucratie
Par Dric le mardi 4 mars 2008 - Histoire - Lien permanent
Ramdam
apparut juste à côté de Parmesan
. Celui-ci avait entâmé la construction d'un petit chalet en bois et en était aux finitions intérieures.
"- T'en as mis un temps, s'écria Parmesan. Heureusement qu'on est morts, sinon t'aurais retrouvé qu'un squelette en arrivant ici !
- Oui bah je savais pas claquer des doigts moi, répondit Ramdam.
- Mais tout le monde sait claquer des doigts !
- Moi j'avais jamais réussi jusqu'à maintenant ! Si je n'étais pas déjà mort, ça m'aurait usé tous les doigts." bougonna Ramdam qui se renferma dans un silence boudeur.
Devant eux se dressait un gigantesque bâtiment qui était visiblement une administration. Les deux Barbares du Nord étaient habitués depuis leur enfance à être confrontés quotidiennement à l'Université , dans laquelle on pouvait suivre un cursus entier juste dans la bureaucratie. Autant dire que les diplômés étaient des bureaucrates de haut vol, maîtrisant toutes les ficelles et qui obtenaient des places de choix au Bureau des Subventions. Les deux Barbares entrèrent et se retrouvèrent dans un immense hall d'accueil. Tout au bout de celui-ci, un bureau placé en hauteur surplombait une file d'attente déserte. Ramdam et Parmesan prirent un ticket au distributeur et s'avancèrent vers le bureau. Au fur et à mesure qu'ils s'avançaient, le bureau semblait grandir et lorsqu'ils arrivèrent à la fin de la file d'attente, celui-ci les surplombait d'au moins deux mètres.
"- C'est pour quoi ? Demanda une voix aigrie et malaimable qui venait apparemment du haut du bureau.
- Hem, quel est cet office je vous prie ? Demanda Parmesan.
- Si vous ne savez pas ce que c'est, je n'ai pas à vous le dire !" Répliqua sèchement la voix.
Parmesan regarda Ramdam et lui fit signe que tout allait bien se passer. Il respira un grand coup, fit quelques étirements, des vocalises puis il s'éclaircit la voix :
"- Excusez-moi, pourrais-je voir votre supérieur ?
- Pourquoi faire, demanda la voix qui avait cependant changé d'intonation.
- Vous n'êtes pas habilité à le savoir." répondit fermement Parmesan.
Le bureaucrate
garda le silence un bref instant, puis il demanda avec un accent ironique :
"- Lequel de mes supérieurs demandez-vous ?
- Et bien euh..., hésita Parmesan.
- J'en ai marre maintenant ! Bougonna Ramdam.
- Très bien, très bien, pas la peine d'être pressant je vous emmène le voir, dit le bureaucrate, visiblement vexé.
- Quoi ? Demanda Ramdam les yeux ronds comme des boules de voyante.
- Bien joué, lui dit Parmesan en lui envoyant un bon coup de coude dans les côtes.
- Aïeuh, fit Ramdam en se tordant de douleur, t'as réveillé mon appendicite.
- C'est quoi ça encore ? Un parasite intestinal ?
- Non, c'est une vieille douleur que j'ai, je l'ai baptisée appendicite. Elle est sur le flan, là.
- J'ai toujours su que t'étais un tire-au-flan, répondit Parmesan en emboîtant le pas au bureaucrate. Quand même, c'est pas un nom ça J'en-ai-marre, il a dû en chier à l'école."
Ils suivirent le petit bureaucrate dans un labyrinthe de couloirs et de bureaux. La majorité des gens faisaient semblant de travailler, ils étalaient des piles de dossiers devant eux, se planquaient derrière et ronflotaient toute la journée. La plupart d'entre eux ne savaient même pas à quoi servait leur service. Les lieux les plus animés étaient les salons de repos, qui étaient tellement pleins qu'il fallait faire la queue pendant une bonne demi-heure pour pouvoir y accéder. Un bon Barbare du Nord aurait immédiatement pris des notes pour étudier ces coutumes étranges, mais Ramdam et Parmesan étaient beaucoup trop feignants et je-m'en-foutistes pour s'abaisser à un tel comportement. Le seul effort visible de Ramdam fut d'essayer d'extirper de son nez une énorme crotte. Il y avait enfoncé deux phalanges de son index lorsque le bureaucrate de l'accueil se retourna pour leur signaler qu'ils étaient arrivés.
"- Nous y sommes, voilà le b... Mais qu'est-ce que vous faites ? Lança-t-il d'un air écoeuré.
- Je... j'étudiais mon nez, répondit maladroitement Ramdam en s'essuyant le doigt dans la barbe.
- Ah bravo, niveau présentation tu tues le concours !" lui souffla Parmesan.
Alors que le petit bureaucrate s'enfuyait l'air dégoûté, Parmesan toqua à la porte du bureau. Il toqua encore au bout d'une minute, puis il martela du poing sur la porte jusqu'à y faire un trou.
"- Entrez !" Leur fit une voix ensommeillée.

