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Mot clé - Barbares du Nord

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Pré-intro

"- Je te dis que le ciel est en bois !
- C'est complètement absurde ! Le bois finirait par pourrir avec la pluie et il prendrait feu avec les orages. Non, le ciel est bien évidemment en métal.
- Oh bravo, brillante trouvaille. Et la rouille, t'en fais quoi ?"

Ramdam et Parmesan étaient de fiers Barbares du Nord , vêtus de grosses peaux de bête et d'une grosse barbe qui leur descendaient jusqu'au nombril. Leurs voix tonitruantes résonnaient dans la fraîcheur du matin, occasionnant ça et là des plaintes endormies de barbares pas encore levés. Ils s'affrontaient présentement sur la composition du ciel , ce qui était leur sujet de dispute favori. Les deux barbares s'engueulaient ainsi depuis qu'ils étaient en âge de le faire. Ils ne faisaient d'ailleurs rien d'autre de leur journée, vivant de la bienfaisance de l'Université . Leur voix portait très loin et très haut, réveillant tout ce qui avait des oreilles autour d'eux.

La boule de métal qui chutait dans l'atmosphère enregistra elle aussi la dispute des deux barbares. Elle ricana d'avance lorsqu'elle songea que ces deux petits sacs de viande allaient bientôt savoir à quel point ils se trompaient. Ramdam et Parmesan entendirent un sifflement assourdissant. Ils levèrent les yeux juste à temps pour apercevoir la gigantesque sphère métallique s'écraser sur eux.

Leur dernière pensée fut la même : "Merde, j'ai gâché ma vie..."

Ramdam

Ramdam est un fier Barbare du Nord . Comme tous ses congénères, son seul but dans la vie est de s'élever culturellement. Malheureusement, il semle que quelque part au beau milieu de sa croissance ce but si noble se soit perdu en chemin, laissant la place à un curieux mélange de croyances fondées sur du vent et de démonstrations scientifiques capillotractées.

Ramdam eu une enfance pas spécialement heureuse, ses parents ayant développé une passion intense pour l'étude des ordures. Adolescent, alors que ses congénères se vautraient avec délice dans la découverte du sexe, Ramdam découvrit qu'il n'avait aucun don pour la drague et devint passablement associal. Lors de longues soirées passées à ruminer en solitaire sur l'ingratitude du monde, il tomba par hasard sur Parmesan , un autre barbare peu sociable. Ils devinrent très vite inséparables bien que ne pouvant se supporter. L'Université , dans un flagrant délit d'insconscience administrative leur accorda une bourse pour étudier les moeurs étranges des vers de terre.

Ramdam et Parmesan sont en fait deux parasites sociaux qui vivent des bienfaits de l'Université. Enfin jusqu'à ce qu'une boule de métal leur tombe sur le coin de la figure, ce qui les rend un tout petit peu morts.

Parmesan

Parmesan est un fier Barbare du Nord . Il a comme particularité d'être aussi peu important qu'un cloporte pour un humain, et ce depuis sa naissance. Ses parents étaient déjà très insignifiants, et Parmesan semble avoir cumulé les tares de ses deux parents. Les deux seules fois où Parmesan ne passa pas inaperçu furent quand il se mit le feu à sa barbe en amphithéâtre pour prouver que les poils brûlés sentaient le caramel, et lorsqu'il tomba (littéralement) sur Ramdam alors que celui-ci tentait de se suicider en se plongeant la tête dans le sol.

Depuis lors ces deux barbares qui auraient fait honte à n'importe quel intellectuel, même humain ne se quittèrent plus, magouillant pour se faire nourrir par l'Université et dissertant de choses plus inutiles et vaines les unes que les autres.

Ils atteignirent leur maximum de quotient intellectuel la veille où une boule de métal décida de leur tomber dessus, provoquant leur mort par écrabouillement.

Barbares du Nord

Les fiers Barbares du Nord sont une race de lutins dont les principaux traits sont d'être d'une intelligence plus développée que la grande majorité du Monde des Lutins , ainsi qu'une grosse barbe et des habits en peaux de bêtes.

On prête beaucoup de coutumes pour le moins violentes à ces barbares, comme de boire dans le crâne de leurs ennemis, de ne jamais se laver et de n'avoir aucun respect pour les autres peuplades. Tout ceci est rigoureusement exact, ce qui en fait un peuple craint par leurs voisins.

Régulièrement, les fiers Barbares du Nord partent en raid contre le Royaume des Lutins , situé au sud. Ils se livrent alors à un pillage en règle, violent quelques lutines et imposent la construction d'écoles, de bibliothèques, la création d'un système scolaire et l'établissement des punissions corporelles à l'école. Car le but de ces fiers barbus est d'élever le quotient intellectuel des autres peuplades. La malchance cosmique a voulu que le royaume le plus proche soit celui des Lutins , qui sont parmis les créatures les plus stupides de ce monde. De fait les barbares ont beau tenter de leur inculquer des rudiments de savoir et de culture, dès qu'ils repartent chez eux les Lutins s'empressent d'abandonner leurs études, d'oublier ce qu'ils ont pu apprendre et de se vautrer dans la fange de la béate ignorance.

Les Barbares du Nord sont dirigés par l'Université , une institution dirigée par un Conseil de Sages qui régente la vie politique et culturelle des Barbares. L'Université englobe également tout l'administratif du Campus (chez les Barbares, la notion d'Etat ou de Royaume est remplacée par le Campus).

Le Conseil des Sages est composé de vieux barbus à la mine grise et à l'air docte, comme dans toute académie littéraire qui se respecte. Ils sont élus à vie (ce qui ne fait pas tant que ça en nombre d'années étant donné qu'ils sont nommés à un âge vénérable, pour ne pas dire croulant) et disposent d'avantages conséquents comme le droit de cuissage, le droit d'avoir toujours raison et des réductions pour les pièces de théâtre. Lors des réunions du Conseil qui ont lieu tous les deux jours, les Sages examinent et promulgent des lois, des décrets et des subventions. Ils sont également jurés dans la plupart des concours, qui vont de Miss Barbare au Barbare le plus balèze du Monde. Bien qu'étant réputés sages, les membres du Conseil sont bien souvent corrompus, vicieux et obsédés. La sénilité aidant, des conseillers oeuvrant dans l'ombre rectifient souvent des lois pensées en dépit du bon sens, des subventions attribuées à des projets stupides, et ils indemnisent aussi les jeunes filles naïves qui tombent entre les mains libidineuses des vieillards.

Bien que s'intéressant à tout, les Barbares du Nord ne sont pas très portés sur la technologie. De vieux parchemins moisis racontent qu'il y a longtemps une délégation de savants barbares se rendit chez les Petits Êtres de la Machine pour en savoir plus sur les technologies humaines, avant de revenir bredouilles et honteux sans avoir compris un traître mot des lutins technophiles.

Au niveau religieux les Barbares sont pour la plupart athées, bien que certaines croyances ancestrales comme le jour du retour des morts ou la supériorité intellectuelle des mâles demeurent encore vivaces.

Université

L'Université est une entité qui dirige les Barbares du Nord . C'est à la fois un lieu de savoir et d'enseignement, un organe politique et moral, un gouvernement et un bureau des plaintes. En fait tout tourne autour de l'Université chez les fiers Barbares du Nord.

L'Université est dirigée par un Conseil de Sages qui fait souvent n'importe quoi, aussi est-il régulé par des Barbares ayant un peu plus les pieds sur terre. Les Sages sont élus à vie, mais à la fin de leur vie pour éviter de trop longs mandats. Il s'est ansi déjà vu qu'un Sage nommé la veille meurt au cours de sa soirée trop arrosée d'intronisation.

L'Université a pour but de promulguer le savoir, aussi organise-t-elle régulièrement des raids chez les autres peuples. Ces Croisades du Savoir ont pour but d'éduquer et d'élever intellectuellement les autres peuples et ont été lancées depuis plusieurs siècles déjà. Le principal souci des Barbares dans ce domaine est que leurs plus proches voisins sont les Lutins , un peuple profondément idiot. Lorsque l'Université lance une Croisade, les missionnaires vont aller piller les Lutins, avec viols et enlèvement éventuel d'enfants comme tout barbare pilleur qui se respecte. Puis ils installent un système d'éducation complet avec professeurs et punitions corporelles. Lorsque les Barbares repartent, leur système scolaire leur survit au mieux pendant 3 jours puis les Lutins détruisent les écoles, torturent les instituteurs pour le plaisir et font un feu de joie avec les manuels scolaires. De toute façon des études effectuées par les services secrets de l'Université prouvent qu'un Lutin ne peut retenir qu'une petite dizaine d'informations durablement. Autant dire qu'une fois qu'il connait le nom des membres de sa famille, il est impossible de lui inculquer quoi que ce soit d'autre.

Physiquement, l'Université est un gigantesque ensemble de bâtiments, d'amphithéâtres, de salles de cours, d'esplanades, de bibliothèques, de bureaux administratifs et de couloirs labyrinthiques. Tout Barbare devant sa vie à l'Université, chaque année les étudiants doivent risquer leur peau en grimpant sur des échaffaudages branlants pour rénover et entretenir les bâtiments. Cet évènement a lieu au printemps et est fort justement appelé le Grand Ravalement de Facade d'Avant les Grosses Chaleurs. On en profite aussi pour repeindre les statues, les Sages les plus décrépis et les panneaux des innombrables files d'attente du bureau des subventions.

On pourrait dire que globalement l'Université est un lieu où il fait bon vivre, d'autant que les moeurs débauchées des étudiants n'ont presque rien à envier au mode de vie des Fées . A ceci près que les Fées vivent ainsi jusqu'à la fin de leur vie, tandis que les Barbares s'assagissent rapidement dès qu'ils quittent le cursus scolaire pour devenir savants, professeurs, personnels administratif, missionnaires ou morts.

Le lutin à tout faire

Le bureau était plutôt spacieux, du moins si on était une bactérie microscopique. Parce que du point de vue d'un lutin, il était minuscule. Devant les Barbares du Nord se trouvait une planche sur deux trétaux entièrement envahie de paperasse. Sur le dessus d'un pile trônait un petit panneau miteux qui disait : "Jean Némar , Opérateur Exécutif". Les murs du bureau étaient depuis longtemps masqués par tous les papiers punaisés dessus, et ces mêmes papiers étaient cachés par les amas de formulaires, de reçus et de notes de service. Au milieu de ce foutoir se trouvait celui qui devait visiblement s'appeler Jean Némar, puisqu'il était assis sur l'unique chaise disponible.

"- Que puis-je faire pour vous Messieurs ? Demanda Jean Némar aux deux Barbares.
- Et bien en fait... hésita Ramdam .
- Nous avons claqué des doigts et... continua Parmesan .
- N'en dites pas plus, vous souhaitez ressusciter ? Parfait, veuillez remplir ces formulaires messieurs, et ne faites pas de ratures."
Le Bureaucrate leur tendit des imprimés au titre évocateur de "formulaire 103205-NL2-072", deux plumes miteuses et un encrier à moitié sec. Les deux Barbares qui étaient rompus à l'art du formulaire remplirent les leurs en 22 secondes pour Parmesan et 26 pour Ramdam à cause d'une question bonus qui se trouvait sur seulement un formulaire sur deux millions.

"- Bien, rendez-moi vos copies que je les examine, déclara Jean Némar.
- Monsieur Némar, je peux vous poser une question ? Hasarda Ramdam ?
- Faites, faites, répondit le bureaucrate sans lever le nez des formulaires.
- Votre nom, c'est pas un peu dur à porter ?
- Je vois que tu as sêché les cours de bienséance ! Souffla Parmesan à son compère.
- Oh ne vous en faites pas pour moi, de toute façon ce n'est même pas mon vrai nom, dit Jean Némar en rectifiant une réponse sur un des formulaires. En réalité c'est celui de mon prédécesseur, mais tout le monde continue de m'appeler par son nom.
- Et ça veut dire quoi Opérateur Exécutif ? relança Ramdam.
- Arrête avec tes questions tu vas l'énerver, et un bureaucrate agaçé c'est une source d'ennuis supérieure à ta mère ! Chuchota Parmesan.
- Oh, c'est un terme pompeux qui ne signifie pas grand chose, répondit le bureaucrate qui était en train de tamponner joyeusement les formulaires. Pour faire de la vulgarisation bureauratique, ça signifie sous-fifre, lutin à tout faire ou besogneux petit collaborateur. En clair, si vous avez besoin de quoi que ce soit, vous passerez automatiquement par moi.
- C'est pratique, souligna Parmesan.
- Surtout pour vos collègues, appuya Ramdam.
- Comment celà ? Demanda Jean Némar d'un air intrigué.
- Vous faites tout le boulot et eux peuvent glandouiller toute la journée ! s'exclama Parmesan.
- Et on s'y connait en glandouille ! Nous sommes même des professionnels de ce secteur. Ajouta Ramdam.
- Fichtre ! Tempêta le bureaucrate. Mais vous avez raison, c'est moi qui fait tout ici ! Voilà vos formulaires, retournez à l'accueil, on vous indiquera la porte de sortie du Royaume des Morts et vous pourrez ressusciter. Quand à moi, je me mets illico en grêve illimitée !"

Les deux Barbares sortirent du bureau sas demander leur reste devant l'air furieux de leur interlocuteur puis tentèrent de retrouver le chemin de l'accueil. Bien évidemment, toutes les tentatives pour demander leur chemin aux bureaucrates furent vaines et ils mirent une bonne demi-douzaine d'heures avant de se retrouver devant le gigantesque bureau de l'accueil :
"- Monsieur le préposé à l'accueil, nous souhaiterions pouvoir ressusciter. Demanda poliment Ramdam.
- Et alors, en quoi ça me regarde ? Répondit le petit bureaucrate aigri qui occupait le poste.
- Nous avons là deux formulaires validés, et nous voudrions les faire exécuter, dit Parmesan d'un ton qui se voulait très calme.
- Il est presque l'heure de la fermeture hebdomadaire, revenir le mois prochain ! Glapit le réceptionniste.
- Très bien Monsieur. Comme vous le savez, nous sommes de Fiers Barbares du Nord. Nous sommes ainsi habilités à vous maltraiter physiquement, à piller vos biens et violer votre femme. Si vous n'en avez pas, c'est malheureusement vous qui ferez les frais de nos violences à caractère sexuel. Désirez-vous revoir votre opinion quand à notre demande ? Questionna Parmesan, entrecoupé des insultes explicites de Ramdam.
- Je euh... prenez le couloir surmonté du panneau Porte de Sortie, c'est pas là. Mais par pitié, pas de violence !"

Les deux barbares remercièrent le réceptionniste puis se dirigèrent vers le couloir. Au fond de celui-ci se dressait une énorme porte lisse, sans loquet. Ramdam tenta de l'ouvrir par tous les moyens à sa disposition, c'est à dire presque rien et sans succès notable. De dépit, il essaya d'uriner dessus. Une voix puissante tonna alors :
"- Hé, faut pas vous gêner !"

Une éducation de sauvageon

L'intervention magistrale de la voix coupa net l'envie de Ramdam , qui se dépêcha maladroitement de se refroquer sous l'oeil vivement réprobateur de Parmesan. La voix poursuivit :
"- Non mais vraiment, j'ai jamais vu ça ! Mais où avez-vous donc été éduqué ?!
- Bah euh, à l'Université , et un peu par mes parents, bredouilla Ramdam.
- Et ils n'apprennent pas les bonnes manières dans cette université ? Tempêta la voix.
- Ah non ça c'est les parents, mais ceux de Ramdam étaient plutôt ignares en la matière, signala Parmesan .
- Hé, tu insutes mes parents là ?
- Je peux aussi t'insulter toi si tu veux, vous êtes vraiment à mettre dans le même panier !"
Alors que Parmesan et Ramdam en venaient aux mains, le petit Bureaucrate de l'accueil déboula en courant, affolé par le bruit. Emporté par son élan, il glissa sur le sol en marbre et finit sa course dans une grande poterie finement décorée, dans laquelle il se retrouva coincé.
"- Muhmuhmuh mu mumuh ! Dit-il du fond du vase.
- Pardon ? Enlevez ce truc, on ne vous entend absolument pas mon ami", lui reprocha la Voix pendant que les deux Barbares se collaient des baffes.
Le préposé à l'accueil se débattit cinq bonnes minutes avant de pouvoir s'extirper de la poterie. Il se rajusta tant bien que mal et tenta de déclarer d'une voix ferme :
"- Messieurs, vous ne pouvez pas vous battre ici, c'est interdit par le règlement !
- Je me battrai où je voudrais, rétorqua Parmesan en esquivant un coup de poing de Ramdam qui finit sa course dans le mur, occasionnant à son propriétaire une douleur intense qui lui arracha une larme.
- AAAAh, mais on n'a pas idée de faire des murs aussi durs ! Beugla Ramdam en faisant la danse universelle de la douleur.
- S'il vous plaît taisez-vous un peu, pleurnicha le préposé à l'accueil.
- Ouais, bouclez-là ! Ajouta la grosse voix.
- Mais qui êtes-vous à la fin ? Demanda Parmesan à la voix.
- Je suis la Porte de Sortie, misérable cloporte ! Depuis des siècles je permets aux êtres morts de revenir à la vie, et voilà comment on me traite : non content de me pisser dessus, vous ne savez même pas ce que je suis ! C'est intolérable, je me plaindrai à la Direction !
- Non non, ne faites pas de scandale, pitié, restez tranquille, tout va bien, je m'occupe de tout, bredouilla le Bureaucrate de l'accueil.
- Tiens, mais pourquoi êtes-vous aux petits soins avec nous ? Demanda Parmesan.
- Je parie que ce tire-au-flan a comme responsabilité le passage des morts à travers la Porte de Sortie. Et comme il sait qu'il n'a pas fait son boulot il se fait pipi dessus ! Ricana Ramdam.
- Ah non, pas encore !" Protesta la Porte.

Finalement, après une discussion acharnée, tout le monde décida que les deux Barbares du Nord pouvaient emprunter la Porte de Sortie, que le petit bureaucrate de l'entrée était un trouillard incompétent et qu'on ne pouvait pas se lécher le coude sans être invertébré. Les deux Barbares franchirent la Porte de Sortie, qui leur joua un air qui se voulait majestueux pour l'occasion. C'est donc sur une musique céleste reprenant l'air d'une chanson paillarde lutine que Ramdam et Parmesan revinrent parmis les vivants.

La fin de l'Université

La sphère de métal contempla l'Université en feu d'un air qui se voulait satisfait, mais elle ne disposait pas de moyens d'expressions qui puissent retranscrire cette satisfaction. Elle fit donc ce qu'elle savait faire de mieux, c'est-à-dire flotter en l'air de façon inerte.

Depuis son arrivée elle avait perdu très peu de temps, et s'était attelée à la destruction des superbes bâtiments avec une efficacité d'une rare beauté. Si jamais un être de métal avait été capable de sadisme, alors il se serait réjoui de ce spectacle des Barbares du Nord hurlant dans les flammes pendant qu'on brûlait leurs précieuses connaissances. Et en réalité la Boule de Métal en était capable.

Les Barbares avaient défendu vaillamment l'Université, à l'exception du Conseil des Sages qui avait prudemment décidé d'installer leurs guêtres dans un lieu plus calme en attendant la fin de ce vacarme, qui les empêchait de débattre sur le menu de la semaine suivante. On avait d'abord envoyé les stagiaires lorsque la Grosse sphère en métal foncé avait commencé à détruire et à passer au lance-flamme l'aile ouest de la Grande Bibliothèque. Après que les malheureux stagiaires étaient été carbonisé, les Anciens avaient alors hoché la tête en clamant haut et fort que de leur temps les stagiaires étaient bien plus résistants et que la nouvelle génération était vraiment constituée de chiffes molles. On avait alors évacué ces vieillards radoteurs pour prendre de vraies décisions : pendant qu'un escadron tentait d'attirer la Boule avec l'Enclyclopédie Universelle des Informations Erronées (considérée comme sacrifiable), d'autres Universitaires essayait d'éteindre les incendies.

Le plan fonctionna magistralement jusqu'à ce qu'on tente de le réaliser : non seulement la Boule ignora superbement l'Encylopédie qui servait d'appât, mais elle continua de plus belle à tout brûler, propageant le feu aux autres bâtiments, parcs et Barbares imprudents. Du coup les Universitaires chargés de la diversion préférèrent aller cacher l'Encyclopédie des Informations Erronées avant de retourner se faire décimer par la Boule. Malgré la courte durée de la bataille, les scribes qui se tenaient prudemment à distance rapportèrent quelques hauts faits, comme ce jeune étudiant nommé Tien An Men qui gesticula devant la Boule en poussant des cris de singe pour qu'elle cesse son carnage. Cet épisode glorieusement conté par les témoins de la bataille figure aussi dans l'Encyclopédie des Morts les plus Stupides au Monde, preuve que les Barbares ont un grand sens de l'objectivité.

Finalement il ne resta plus rien à brûler ni à détruire, et la Boule satisfaite s'en alla un peu plus loin brûler les villages voisins. Dans les ruines de l'Université, un vieux Barbare contemplait le désastre. Herbert était son nom et il avait vécu moultes aventures et pillages en son temps. Il était accompagné d'un jeune page crédule qui s'appelait fort-à-propos Crédule , héritage dont il se serait bien passé d'une mère lutine et donc pas très futée.
"- Mon petit Crédule, il n'y a plus rien ici pour nous ! Il est temps de descendre vers le sud, dit le patriarche.
- Bien maître, mais qu'y feront nous ?
- Nous allons conquérir leur monde, jeune Crédule !
- Vraiment ?! s'exclama le page.
- Ce que tu peux être naïf... Avec quoi pourrions-nous les conquérir ?
- Oui bah je sais pas moi... On aurait pu leur faire croire qu'on était des dieux, un truc comme ça... répondit le page vexé.
- J'ai une idée, jeune Crédule ! Nous nous ferons passer pour des Dieux et nous prendrons le pouvoir ! Dit le vieux Barbare.
- Quelle brillante idée, soupira le page. Vous êtes vraiment un vénérable savant.
- Je sais, merci. Mettons-nous en route et portez-moi sur vos épaules."

Ainsi le jeune Crédule chargea-t-il le vieux Herbert sur ses épaules, puis ils se mirent en route. Chemin faisant, le vieux expliqua en détail comment lui était venu la brillante idée de monter une religion dont il serait le centre, explication qui ne mentionna à aucun moment l'intervention du jeune Crédule.

Rencontre avec des vrais lutins

Ramdam était dans les cordes. Il faut dire que même étant un fier Barbare du Nord , se battre contre 7 lutins ivres et brutaux restait un acte extrêmement stupide. Parmesan qui était assit au fond de la taverne, regardait le spectacle avec enthousiasme et ne manquait pas d'encourager non son coéquipier mais les lutins ivrognes, qui n'avaient pas du tout apprécié de se voir traiter de sous-espèce stupide et bornée.
"- Allez les gars, je plaisantais quoi, vous n'allez pas en faire une montagne ! Protesta Ramdam en évitant une chope en bois.
- Tu nous a *hips* insultés, moi et euh... toute ma famille ! Eructa un lutin au faciès couleur vin.
- Allez-y, cognez sur sa face de barbu ! Cria Parmesan.
- Insultés, insultés, comme vous y allez ! Plaida Ramdam. Non, j'ai eu des propos quelque peu maladroits, j'en conviens et je m'en excuse par av...
- Essaie pas de nous embrouiller avec *hips* tes phrases avec plein de mots et de lettres dedans ! Le coupa un de ses adversaires.
- Pendez-le, il l'a bien mérité ! Cria Parmesan.
- Bon on va faire plus simple, soupira Ramdam en envoyant une droite à un ivrogne un peu trop proche. Moi y en a être pote à vous, et moi y en a payer tournée à vous si vous me foutre la paix. Ok ?
- 'Tendez, faut qu'on s'concerte, dit un des assaillants. Allez les gars, réunion."
Les lutins ivres se mirent tant bien que mal en cercle et commencèrent un concert de beuglements qui se voulait des messes basses, le tout ponctué de jurons, de rots sonores et de pets qui ne l'étaient pas moins. La discussion dura cinq bonnes minutes, le temps que chacun donne son point de vue et ricane à une bonne blague de l'un d'entre eux. Puis un des lutins s'avança vers Ramdam :
"- C'est d'accord eh couillon, tu payes à boire et t'es notre ami pour la vie !
- Bien, voilà qui est rassurant. Laissez-moi aller chercher de quoi vous payer une tournée, j'ai oublié ma bourse à l'extérieur.
- Il bluffe, il est fauché, il va se barrer comme un voleur ! Cria Parmesan, toujours bien installé dans son fauteuil.
- Ah toi ta gueule *hips*, tu parle pas comme ça de notre pote, répliqua un des lutins.
- Il a manqué de respect à l'un de vos amis, vous devriez lui casser la figure, susurra Ramdam qui tenait sa revanche.
- Bonne idée, allez les gars, on lui pète sa gueule !"

Parmesan, sentant le vent tourner et lui apporter une nauséabonde odeur, prit ses jambes à son cou et tenta de battre le record du 100 mètres départ assis dans une taverne. Il atteignit presque la porte quand deux gardes se postèrent à l'entrée et lui bloquèrent le passage. Les poursuivants du Barbare se dépéchèrent de retourner vider leurs choppes, tandis que Ramdam hésitait à crier que Parmesan était un voleur ou à sauter par la fenêtre.
"- Le Conseil veut vous voir, dit un des gardes.
- Moi ? Demanda Parmesan abasourdi.
- Toi et l'autre barbu oui. Et si vous pouviez aller prendre un bain avant, ça serait pas un mal. C'est con pour vous, on n'a pas le temps. Veuillez nous suivre sans faire d'histoire, ça m'aurait amusé de vous découper en morceaux mais je suis assez pressé ce soir."

Les deux Barbares l'air piteux suivirent les gardes au travers de la cité endormie. La Capitale des lutins ayant été construite en dépit du bon sens, il était très difficile de trouver son chemin, même pour un habitué des lieux. Bon nombre de rues, de ruelles et même d'avenues se terminaient par un cul-de-sac plein de détritus. Heureusement, la présence des Gardes était suffisamment dissuasive pour que les bandes de voleurs n'agressent pas les deux Barbares. Il faut dire que les Gardes étaient considérés comme la menace numéro une dans la Capitale. Il ne passait pas une semaine sans que le Conseil, qui dirigeait plus ou moins le Royaume des Lutins ne soit assailli par une déléguation d'habitants protestant vigoureusement contre les exactions de la Garde.

Finalement les Gardes arrivèrent devant un grand mur seulemet doté d'une petite porte. Ils pressèrent sans amabilité les deux Barbares d'entrer.