La sphère de métal
contempla l'Université
en feu d'un air qui se voulait satisfait, mais elle ne disposait pas de moyens d'expressions qui puissent retranscrire cette satisfaction. Elle fit donc ce qu'elle savait faire de mieux, c'est-à-dire flotter en l'air de façon inerte.
Depuis son arrivée elle avait perdu très peu de temps, et s'était attelée à la destruction des superbes bâtiments avec une efficacité d'une rare beauté. Si jamais un être de métal avait été capable de sadisme, alors il se serait réjoui de ce spectacle des Barbares du Nord
hurlant dans les flammes pendant qu'on brûlait leurs précieuses connaissances. Et en réalité la Boule de Métal en était capable.
Les Barbares avaient défendu vaillamment l'Université, à l'exception du Conseil des Sages qui avait prudemment décidé d'installer leurs guêtres dans un lieu plus calme en attendant la fin de ce vacarme, qui les empêchait de débattre sur le menu de la semaine suivante. On avait d'abord envoyé les stagiaires lorsque la Grosse sphère en métal foncé avait commencé à détruire et à passer au lance-flamme l'aile ouest de la Grande Bibliothèque. Après que les malheureux stagiaires étaient été carbonisé, les Anciens avaient alors hoché la tête en clamant haut et fort que de leur temps les stagiaires étaient bien plus résistants et que la nouvelle génération était vraiment constituée de chiffes molles. On avait alors évacué ces vieillards radoteurs pour prendre de vraies décisions : pendant qu'un escadron tentait d'attirer la Boule avec l'Enclyclopédie Universelle des Informations Erronées (considérée comme sacrifiable), d'autres Universitaires essayait d'éteindre les incendies.
Le plan fonctionna magistralement jusqu'à ce qu'on tente de le réaliser : non seulement la Boule ignora superbement l'Encylopédie qui servait d'appât, mais elle continua de plus belle à tout brûler, propageant le feu aux autres bâtiments, parcs et Barbares imprudents. Du coup les Universitaires chargés de la diversion préférèrent aller cacher l'Encyclopédie des Informations Erronées avant de retourner se faire décimer par la Boule. Malgré la courte durée de la bataille, les scribes qui se tenaient prudemment à distance rapportèrent quelques hauts faits, comme ce jeune étudiant nommé Tien An Men qui gesticula devant la Boule en poussant des cris de singe pour qu'elle cesse son carnage. Cet épisode glorieusement conté par les témoins de la bataille figure aussi dans l'Encyclopédie des Morts les plus Stupides au Monde, preuve que les Barbares ont un grand sens de l'objectivité.
Finalement il ne resta plus rien à brûler ni à détruire, et la Boule satisfaite s'en alla un peu plus loin brûler les villages voisins. Dans les ruines de l'Université, un vieux Barbare contemplait le désastre. Herbert
était son nom et il avait vécu moultes aventures et pillages en son temps. Il était accompagné d'un jeune page crédule qui s'appelait fort-à-propos Crédule
, héritage dont il se serait bien passé d'une mère lutine et donc pas très futée.
"- Mon petit Crédule, il n'y a plus rien ici pour nous ! Il est temps de descendre vers le sud, dit le patriarche.
- Bien maître, mais qu'y feront nous ?
- Nous allons conquérir leur monde, jeune Crédule !
- Vraiment ?! s'exclama le page.
- Ce que tu peux être naïf... Avec quoi pourrions-nous les conquérir ?
- Oui bah je sais pas moi... On aurait pu leur faire croire qu'on était des dieux, un truc comme ça... répondit le page vexé.
- J'ai une idée, jeune Crédule ! Nous nous ferons passer pour des Dieux et nous prendrons le pouvoir ! Dit le vieux Barbare.
- Quelle brillante idée, soupira le page. Vous êtes vraiment un vénérable savant.
- Je sais, merci. Mettons-nous en route et portez-moi sur vos épaules."
Ainsi le jeune Crédule chargea-t-il le vieux Herbert sur ses épaules, puis ils se mirent en route. Chemin faisant, le vieux expliqua en détail comment lui était venu la brillante idée de monter une religion dont il serait le centre, explication qui ne mentionna à aucun moment l'intervention du jeune Crédule.