Un lutin à l'air hautain et méprisant les attendait de l'autre côté de la porte. Il les guida sans leur dire un mot à travers un dédale de couloirs et au bout de dix minutes ils arrivèrent devant un rideau pourpre et tâché par endroits.

"- Je vais vous annoncer au Conseil , dit le Lutin hautain. J'espère que vous ne ferez pas la bêtise de bouger d'ici pendant ma brève absence...
- Compte là-d'ssus Paulo ! Répliqua Ramdam . Viens Parmesan , on se casse.
- Ouais, c'est nul ici, renchérit Parmesan."

Voyant que les deux Barbares du Nord n'en faisaient qu'à leur tête, le Lutin perdit de sa superbe. Il devint tout blanc et tenta de les raisonner avec des ronds de jambes et des sourires mielleux :
"- Allons Messires, deux visiteurs aussi exceptionnels que vous ne devraient pas se vexer pour si peu. Je me flagellerai dès la fin de mon service en guise d'autopunition pour vous avoir manqué de respect !
- Jetez-vous également dans le puits le plus proche et nous serons quittes, répondit Parmesan.
- Vous n'y pensez pas ! Les puits de la Capitale sont remplis de cadavres et de détritus ! Je vais attraper la mort, glapit le Lutin.
- Comme vous voulez, soupira Ramdam en faisant mine de partir.
- D'accord, d'accord ! Je me jetterai dans un puits, c'est promis. Mais patientez ici, je vous en supplie, sanglota le Lutin qui n'avait plus rien d'hautain.
- Allez, faites votre boulot mon brave, nous patienterons ici, le rassura Parmesan."

Soulagé, le Lutin passa le rideau. Derrière la tenture se trouvait une troupe de Lutins braillants et gesticulants en train de s'(insulter copieusement pendant qu'un orateur tentait de ramener le calme dans la salle.
"- Ca ressemble à un conseil de sages votre truc, entendit le Lutin derrière lui.
- Comment ?! Mais je vous avais dit de rester derrière le rideau ! S'exclama le Lutin visiblement paniqué.
- Vraiment ? On a dû oublier... répondit Ramdam l'air de rien.
- Qui sont ces gens ? tonitruèrent en coeur les Conseillers.
- Je suis confu, désolé, contrit, penaud, minable, moins que rien, bouhouhouuu... sanglota le Lutin.
- Et vous êtes viré, ajouta un Conseiller.
- Allez donc vous jeter dans un puits tant que vous y êtes ! Rajouta un autre.
- Tout de suite, maîtres, pleurnicha le Lutin avant de retourner derrière le rideau.
- Qui êtes-vous ? demanda le premier Conseiller aux Barbares.
- Ramdam et Parmesan, fiers scientifiques et Barbares du Nord.
- Pendons-les ! S'exclama un vieux Conseiller qui venait de se réveiller.
- Que font-ils là ? Demanda un autre.
- C'est à vous de nous le dire, répliqua Ramdam. Vos gardes nous ont alpagués alors que nous faisions euh... du tourisme !
- Ah oui, c'est vrai, dit le premier Conseiller. C'est même dans l'ordre du jour si je me souviens bien.
- Cet ordre du jour n'a jamais été approuvé en séance ! Clama un conseiller chauve.
- Pendons cet ordre du jour ! Beugla le vieux Conseiller.
- Allons allons, messieurs ! Un peu de tenue, vous savez parfaitement qu'on n'approuve pas les ordres du jour mais seulement leurs compte-rendus.
- Nous n'avons toujours pas approuvé l'ordre du jour d'hier, il faut procéder selon les règles ! glapit le chauve
- Ecoutez, tant que vous n'admettrez pas que vous avez montré vos parties génitales hier à l'intendante qui vous reprochait de metre la main au fesses des secrétaires, on n'avancera pas.
- C'est faux ! Mensonges, calomnies et fariboles ! Couina le chauve. Je n'ai jamais eu un tel comportement !
- Mais enfin nous étions tous là, en séance ! S'exclama le premier Conseiller. Vous nous traitez de menteurs ?
- Pendons-le ! cria le vieux Conseiller, qui commençait à s'ennuyer.
- Euh dites... avança Parmesan.
-Tout ceci est une mascarade! Tempêta le chauve. Je refuse de voir figurer au procès verbal que je me suis ainsi exhibé alors que je n'en ai rien fait !
- Donc nous avons été victimes d'une hallucination ? Suggérez-vous que nous ayons abusé de substances hallucinogènes ?
- Pendons tous ces drogués ! clama le vieux.
- Il parle de vous vous savez, fit remarquer Ramdam.
- Pendons-nous ! Fit le vieux avant d'être pris par une quinte de toux et de s'écrouler derrière son fauteuil.
- Ca suffit ! Tonna le premier Conseiller, réussissant pour la première fois à ramener un calme relatif dans l'assemblée. Qu'on fasse entrer l'Oracle, elle nous en dira plus sur ces deux Barbares !
- Une Oracle ? C'est une blague ! Fit Ramdam
- J'ai l'air d'une blague ? Répondit une voix féminine affreusement rauque derrière lui."