Parmesan regarda autour de lui d'un air dégoûté, tenta de s'épousseter un peu et osa respirer une bouffée d'air. Il suffoca instantanément, eut deux ou trois hallucinations, une vision prémonitoire et une bonne quinte de toux.
"- La vache, mais c'est irrespirable ! C'est quoi cette décharge ?
- C'est la Décharge mon gars, lui répondit un vieil autochtone auquel il manquait une bonne vingtaine de dents. Reste pas trop en haut de ce tas d'ordures, y a des effondrements fréquents.
- On est où là ? Demanda Ramdam .
- Dans la Décharge mon gars, répéta le petit vieux miteux.
- Oui mais de quelle ville ?
- Aucune idée, avoua le vieux. Je n'en suis jamais sorti."

Les deux Barbares du Nord descendirent du monticule d'ordure avec précaution. Ils décidèrent ensuite de chercher la sortie de la Décharge mais la tâche se révéla aussi ardue que de trouver un bureau précis dans la Bureaucratie . Après quelques heures d'errance durant laquelle ils faillirent se faire manger par une horde de rats et lapider par une foule de gamins loqueteux et complètement défoncés, ils tombèrent sur une petite hutte superbement entretenue. A l'entrée était posé un panneau : "Gardien de la décharge". En dessous était apposé une inscription : "Je suis à la retraite, ne me dérangez pas".
"- Monsieur le gardien ? Appela Ramdam.
- C'est marqué qu'il ne faut pas le déranger, remarqua Parmesan.
- En effet, je vois qu'au moins un de vous sait lire, dit une voix derrière eux.
- Oh euh... répondit Parmesan en se retournant. On venait juste vous dire bonjour comme ça.
- Et vous demander comment on sort de la décharge, compléta Ramdam."

Le gardien était un gigantesque lutin , beaucoup trop grand pour les normes en vigueur. Bien que le panneau indiquait qu'il était en retraite, le lutin n'avait pas l'air très âgé. En revanche on remarquait bien sa tendance à l'alcoolisme. Ramdam qui était déjà assez imposant lui arrivait à peine à l'épaule.
"- Suivez-moi, dit le gardien en entrant dans sa hutte.
- T'es sûr que c'est une bonne idée ? Souffla Ramdam à Parmesan
- On peut toujours construire une maison avec les ordures et vivre ici jusqu'à la fin de notre vie, lui répondit son homologue.
- Je vous le déconseille, cria le gardien de l'intérieur, le coin est loin d'être sûr. Si encore on n'y trouvait que des zonards ou des rats ça irait, mais la nuit l'espérance de vie moyenne d'un lutin dans la décharge tombe à 2 minutes.
- Comment sort-on d'ici ? Demanda Parmesan. J'ai moyennement envie de vérifier cette statistique.
- Ca fait bien longtemps que les autorités ont condamné toutes les sorties, la Décharge est entourée par de gigantesques murs et les habitants jettent leurs ordures par dessus.
- On est foutus alors ! S'exclama Ramdam.
- Indubitablement, commenta le gardien."

Ramdam se mit à sangloter en se roulant par terre sous l'oeil ahuri du gardien et de Parmesan. La pleurnichade dura encore dix bonnes minutes pendant lesquelles le gardien but une bouteille complète d'un liquide visiblement alcoolisé. Puis celui-ci se leva, mit son manteau, ouvrit une trappe dans le sol et annonça aux Barbares qu'il partait en ville se ravitailler.
"- Quoi ?! Mais vous avez dit qu'il n'y avait aucun moyen de sortir de la Décharge ! S'exclama Ramdam.
- J'ai dit ça ? fit le gardien l'air surpris.
- Mais oui ! Beugla Ramdam.
- Oh, je perds un peu la boule vous savez, je suis tout seul et...
- Je m'en fous ! J'ai fait une dépression par votre faute, je ne m'en remettrais jamais !
- T'en fais trop là, lui sussura Parmesan.
- Regardez, j'ai failli faire un arrêt cardiaque et mon appendicite me reprend ! fit Ramdam en grimaçant d'une douleur peu convaincante.
- Je déteste qu'on se moque de moi, s'écria le gardien. Fais tes prières, minable barbu geignard, je vais..."
Et il s'écroula de tout son long pour sombrer dans un coma éthylique. Les deux Barbares en profitèrent pour emprunter le passage secret qui les fit déboucher dans une impasse qui devait servir d'urinoir à tous les poivrots du coin. Ramdam se mit à entasser toutes sortes de choses sur l'ouverture du passage secret.
"- Mais qu'est-ce que tu fous ? lui demanda Parmesan.
- Je m'assure que cet abruti ne pourra plus emprunter ce passage ! Lui répondit Ramdam.
- Pourquoi faire ? Tu crois vraiment qu'il va nous courir après lorsqu'il se réveillera ?
- Non, c'est juste pour l'emmerder."

Là-dessus, les deux Barbares se ruèrent dans la taverne la plus proche.