Accueil | 1er acte | Début de l'histoire

Mot clé - Royaume des Lutins

Fil des billets - Fil des commentaires

Bienvenue à la Décharge

Parmesan regarda autour de lui d'un air dégoûté, tenta de s'épousseter un peu et osa respirer une bouffée d'air. Il suffoca instantanément, eut deux ou trois hallucinations, une vision prémonitoire et une bonne quinte de toux.
"- La vache, mais c'est irrespirable ! C'est quoi cette décharge ?
- C'est la Décharge mon gars, lui répondit un vieil autochtone auquel il manquait une bonne vingtaine de dents. Reste pas trop en haut de ce tas d'ordures, y a des effondrements fréquents.
- On est où là ? Demanda Ramdam .
- Dans la Décharge mon gars, répéta le petit vieux miteux.
- Oui mais de quelle ville ?
- Aucune idée, avoua le vieux. Je n'en suis jamais sorti."

Les deux Barbares du Nord descendirent du monticule d'ordure avec précaution. Ils décidèrent ensuite de chercher la sortie de la Décharge mais la tâche se révéla aussi ardue que de trouver un bureau précis dans la Bureaucratie . Après quelques heures d'errance durant laquelle ils faillirent se faire manger par une horde de rats et lapider par une foule de gamins loqueteux et complètement défoncés, ils tombèrent sur une petite hutte superbement entretenue. A l'entrée était posé un panneau : "Gardien de la décharge". En dessous était apposé une inscription : "Je suis à la retraite, ne me dérangez pas".
"- Monsieur le gardien ? Appela Ramdam.
- C'est marqué qu'il ne faut pas le déranger, remarqua Parmesan.
- En effet, je vois qu'au moins un de vous sait lire, dit une voix derrière eux.
- Oh euh... répondit Parmesan en se retournant. On venait juste vous dire bonjour comme ça.
- Et vous demander comment on sort de la décharge, compléta Ramdam."

Le gardien était un gigantesque lutin , beaucoup trop grand pour les normes en vigueur. Bien que le panneau indiquait qu'il était en retraite, le lutin n'avait pas l'air très âgé. En revanche on remarquait bien sa tendance à l'alcoolisme. Ramdam qui était déjà assez imposant lui arrivait à peine à l'épaule.
"- Suivez-moi, dit le gardien en entrant dans sa hutte.
- T'es sûr que c'est une bonne idée ? Souffla Ramdam à Parmesan
- On peut toujours construire une maison avec les ordures et vivre ici jusqu'à la fin de notre vie, lui répondit son homologue.
- Je vous le déconseille, cria le gardien de l'intérieur, le coin est loin d'être sûr. Si encore on n'y trouvait que des zonards ou des rats ça irait, mais la nuit l'espérance de vie moyenne d'un lutin dans la décharge tombe à 2 minutes.
- Comment sort-on d'ici ? Demanda Parmesan. J'ai moyennement envie de vérifier cette statistique.
- Ca fait bien longtemps que les autorités ont condamné toutes les sorties, la Décharge est entourée par de gigantesques murs et les habitants jettent leurs ordures par dessus.
- On est foutus alors ! S'exclama Ramdam.
- Indubitablement, commenta le gardien."

Ramdam se mit à sangloter en se roulant par terre sous l'oeil ahuri du gardien et de Parmesan. La pleurnichade dura encore dix bonnes minutes pendant lesquelles le gardien but une bouteille complète d'un liquide visiblement alcoolisé. Puis celui-ci se leva, mit son manteau, ouvrit une trappe dans le sol et annonça aux Barbares qu'il partait en ville se ravitailler.
"- Quoi ?! Mais vous avez dit qu'il n'y avait aucun moyen de sortir de la Décharge ! S'exclama Ramdam.
- J'ai dit ça ? fit le gardien l'air surpris.
- Mais oui ! Beugla Ramdam.
- Oh, je perds un peu la boule vous savez, je suis tout seul et...
- Je m'en fous ! J'ai fait une dépression par votre faute, je ne m'en remettrais jamais !
- T'en fais trop là, lui sussura Parmesan.
- Regardez, j'ai failli faire un arrêt cardiaque et mon appendicite me reprend ! fit Ramdam en grimaçant d'une douleur peu convaincante.
- Je déteste qu'on se moque de moi, s'écria le gardien. Fais tes prières, minable barbu geignard, je vais..."
Et il s'écroula de tout son long pour sombrer dans un coma éthylique. Les deux Barbares en profitèrent pour emprunter le passage secret qui les fit déboucher dans une impasse qui devait servir d'urinoir à tous les poivrots du coin. Ramdam se mit à entasser toutes sortes de choses sur l'ouverture du passage secret.
"- Mais qu'est-ce que tu fous ? lui demanda Parmesan.
- Je m'assure que cet abruti ne pourra plus emprunter ce passage ! Lui répondit Ramdam.
- Pourquoi faire ? Tu crois vraiment qu'il va nous courir après lorsqu'il se réveillera ?
- Non, c'est juste pour l'emmerder."

Là-dessus, les deux Barbares se ruèrent dans la taverne la plus proche.

Rencontre avec des vrais lutins

Ramdam était dans les cordes. Il faut dire que même étant un fier Barbare du Nord , se battre contre 7 lutins ivres et brutaux restait un acte extrêmement stupide. Parmesan qui était assit au fond de la taverne, regardait le spectacle avec enthousiasme et ne manquait pas d'encourager non son coéquipier mais les lutins ivrognes, qui n'avaient pas du tout apprécié de se voir traiter de sous-espèce stupide et bornée.
"- Allez les gars, je plaisantais quoi, vous n'allez pas en faire une montagne ! Protesta Ramdam en évitant une chope en bois.
- Tu nous a *hips* insultés, moi et euh... toute ma famille ! Eructa un lutin au faciès couleur vin.
- Allez-y, cognez sur sa face de barbu ! Cria Parmesan.
- Insultés, insultés, comme vous y allez ! Plaida Ramdam. Non, j'ai eu des propos quelque peu maladroits, j'en conviens et je m'en excuse par av...
- Essaie pas de nous embrouiller avec *hips* tes phrases avec plein de mots et de lettres dedans ! Le coupa un de ses adversaires.
- Pendez-le, il l'a bien mérité ! Cria Parmesan.
- Bon on va faire plus simple, soupira Ramdam en envoyant une droite à un ivrogne un peu trop proche. Moi y en a être pote à vous, et moi y en a payer tournée à vous si vous me foutre la paix. Ok ?
- 'Tendez, faut qu'on s'concerte, dit un des assaillants. Allez les gars, réunion."
Les lutins ivres se mirent tant bien que mal en cercle et commencèrent un concert de beuglements qui se voulait des messes basses, le tout ponctué de jurons, de rots sonores et de pets qui ne l'étaient pas moins. La discussion dura cinq bonnes minutes, le temps que chacun donne son point de vue et ricane à une bonne blague de l'un d'entre eux. Puis un des lutins s'avança vers Ramdam :
"- C'est d'accord eh couillon, tu payes à boire et t'es notre ami pour la vie !
- Bien, voilà qui est rassurant. Laissez-moi aller chercher de quoi vous payer une tournée, j'ai oublié ma bourse à l'extérieur.
- Il bluffe, il est fauché, il va se barrer comme un voleur ! Cria Parmesan, toujours bien installé dans son fauteuil.
- Ah toi ta gueule *hips*, tu parle pas comme ça de notre pote, répliqua un des lutins.
- Il a manqué de respect à l'un de vos amis, vous devriez lui casser la figure, susurra Ramdam qui tenait sa revanche.
- Bonne idée, allez les gars, on lui pète sa gueule !"

Parmesan, sentant le vent tourner et lui apporter une nauséabonde odeur, prit ses jambes à son cou et tenta de battre le record du 100 mètres départ assis dans une taverne. Il atteignit presque la porte quand deux gardes se postèrent à l'entrée et lui bloquèrent le passage. Les poursuivants du Barbare se dépéchèrent de retourner vider leurs choppes, tandis que Ramdam hésitait à crier que Parmesan était un voleur ou à sauter par la fenêtre.
"- Le Conseil veut vous voir, dit un des gardes.
- Moi ? Demanda Parmesan abasourdi.
- Toi et l'autre barbu oui. Et si vous pouviez aller prendre un bain avant, ça serait pas un mal. C'est con pour vous, on n'a pas le temps. Veuillez nous suivre sans faire d'histoire, ça m'aurait amusé de vous découper en morceaux mais je suis assez pressé ce soir."

Les deux Barbares l'air piteux suivirent les gardes au travers de la cité endormie. La Capitale des lutins ayant été construite en dépit du bon sens, il était très difficile de trouver son chemin, même pour un habitué des lieux. Bon nombre de rues, de ruelles et même d'avenues se terminaient par un cul-de-sac plein de détritus. Heureusement, la présence des Gardes était suffisamment dissuasive pour que les bandes de voleurs n'agressent pas les deux Barbares. Il faut dire que les Gardes étaient considérés comme la menace numéro une dans la Capitale. Il ne passait pas une semaine sans que le Conseil, qui dirigeait plus ou moins le Royaume des Lutins ne soit assailli par une déléguation d'habitants protestant vigoureusement contre les exactions de la Garde.

Finalement les Gardes arrivèrent devant un grand mur seulemet doté d'une petite porte. Ils pressèrent sans amabilité les deux Barbares d'entrer.