Accueil | 1er acte | Début de l'histoire

Mot clé - Université

Fil des billets - Fil des commentaires

Pré-intro

"- Je te dis que le ciel est en bois !
- C'est complètement absurde ! Le bois finirait par pourrir avec la pluie et il prendrait feu avec les orages. Non, le ciel est bien évidemment en métal.
- Oh bravo, brillante trouvaille. Et la rouille, t'en fais quoi ?"

Ramdam et Parmesan étaient de fiers Barbares du Nord , vêtus de grosses peaux de bête et d'une grosse barbe qui leur descendaient jusqu'au nombril. Leurs voix tonitruantes résonnaient dans la fraîcheur du matin, occasionnant ça et là des plaintes endormies de barbares pas encore levés. Ils s'affrontaient présentement sur la composition du ciel , ce qui était leur sujet de dispute favori. Les deux barbares s'engueulaient ainsi depuis qu'ils étaient en âge de le faire. Ils ne faisaient d'ailleurs rien d'autre de leur journée, vivant de la bienfaisance de l'Université . Leur voix portait très loin et très haut, réveillant tout ce qui avait des oreilles autour d'eux.

La boule de métal qui chutait dans l'atmosphère enregistra elle aussi la dispute des deux barbares. Elle ricana d'avance lorsqu'elle songea que ces deux petits sacs de viande allaient bientôt savoir à quel point ils se trompaient. Ramdam et Parmesan entendirent un sifflement assourdissant. Ils levèrent les yeux juste à temps pour apercevoir la gigantesque sphère métallique s'écraser sur eux.

Leur dernière pensée fut la même : "Merde, j'ai gâché ma vie..."

Barbares du Nord

Les fiers Barbares du Nord sont une race de lutins dont les principaux traits sont d'être d'une intelligence plus développée que la grande majorité du Monde des Lutins , ainsi qu'une grosse barbe et des habits en peaux de bêtes.

On prête beaucoup de coutumes pour le moins violentes à ces barbares, comme de boire dans le crâne de leurs ennemis, de ne jamais se laver et de n'avoir aucun respect pour les autres peuplades. Tout ceci est rigoureusement exact, ce qui en fait un peuple craint par leurs voisins.

Régulièrement, les fiers Barbares du Nord partent en raid contre le Royaume des Lutins , situé au sud. Ils se livrent alors à un pillage en règle, violent quelques lutines et imposent la construction d'écoles, de bibliothèques, la création d'un système scolaire et l'établissement des punissions corporelles à l'école. Car le but de ces fiers barbus est d'élever le quotient intellectuel des autres peuplades. La malchance cosmique a voulu que le royaume le plus proche soit celui des Lutins , qui sont parmis les créatures les plus stupides de ce monde. De fait les barbares ont beau tenter de leur inculquer des rudiments de savoir et de culture, dès qu'ils repartent chez eux les Lutins s'empressent d'abandonner leurs études, d'oublier ce qu'ils ont pu apprendre et de se vautrer dans la fange de la béate ignorance.

Les Barbares du Nord sont dirigés par l'Université , une institution dirigée par un Conseil de Sages qui régente la vie politique et culturelle des Barbares. L'Université englobe également tout l'administratif du Campus (chez les Barbares, la notion d'Etat ou de Royaume est remplacée par le Campus).

Le Conseil des Sages est composé de vieux barbus à la mine grise et à l'air docte, comme dans toute académie littéraire qui se respecte. Ils sont élus à vie (ce qui ne fait pas tant que ça en nombre d'années étant donné qu'ils sont nommés à un âge vénérable, pour ne pas dire croulant) et disposent d'avantages conséquents comme le droit de cuissage, le droit d'avoir toujours raison et des réductions pour les pièces de théâtre. Lors des réunions du Conseil qui ont lieu tous les deux jours, les Sages examinent et promulgent des lois, des décrets et des subventions. Ils sont également jurés dans la plupart des concours, qui vont de Miss Barbare au Barbare le plus balèze du Monde. Bien qu'étant réputés sages, les membres du Conseil sont bien souvent corrompus, vicieux et obsédés. La sénilité aidant, des conseillers oeuvrant dans l'ombre rectifient souvent des lois pensées en dépit du bon sens, des subventions attribuées à des projets stupides, et ils indemnisent aussi les jeunes filles naïves qui tombent entre les mains libidineuses des vieillards.

Bien que s'intéressant à tout, les Barbares du Nord ne sont pas très portés sur la technologie. De vieux parchemins moisis racontent qu'il y a longtemps une délégation de savants barbares se rendit chez les Petits Êtres de la Machine pour en savoir plus sur les technologies humaines, avant de revenir bredouilles et honteux sans avoir compris un traître mot des lutins technophiles.

Au niveau religieux les Barbares sont pour la plupart athées, bien que certaines croyances ancestrales comme le jour du retour des morts ou la supériorité intellectuelle des mâles demeurent encore vivaces.

Université

L'Université est une entité qui dirige les Barbares du Nord . C'est à la fois un lieu de savoir et d'enseignement, un organe politique et moral, un gouvernement et un bureau des plaintes. En fait tout tourne autour de l'Université chez les fiers Barbares du Nord.

L'Université est dirigée par un Conseil de Sages qui fait souvent n'importe quoi, aussi est-il régulé par des Barbares ayant un peu plus les pieds sur terre. Les Sages sont élus à vie, mais à la fin de leur vie pour éviter de trop longs mandats. Il s'est ansi déjà vu qu'un Sage nommé la veille meurt au cours de sa soirée trop arrosée d'intronisation.

L'Université a pour but de promulguer le savoir, aussi organise-t-elle régulièrement des raids chez les autres peuples. Ces Croisades du Savoir ont pour but d'éduquer et d'élever intellectuellement les autres peuples et ont été lancées depuis plusieurs siècles déjà. Le principal souci des Barbares dans ce domaine est que leurs plus proches voisins sont les Lutins , un peuple profondément idiot. Lorsque l'Université lance une Croisade, les missionnaires vont aller piller les Lutins, avec viols et enlèvement éventuel d'enfants comme tout barbare pilleur qui se respecte. Puis ils installent un système d'éducation complet avec professeurs et punitions corporelles. Lorsque les Barbares repartent, leur système scolaire leur survit au mieux pendant 3 jours puis les Lutins détruisent les écoles, torturent les instituteurs pour le plaisir et font un feu de joie avec les manuels scolaires. De toute façon des études effectuées par les services secrets de l'Université prouvent qu'un Lutin ne peut retenir qu'une petite dizaine d'informations durablement. Autant dire qu'une fois qu'il connait le nom des membres de sa famille, il est impossible de lui inculquer quoi que ce soit d'autre.

Physiquement, l'Université est un gigantesque ensemble de bâtiments, d'amphithéâtres, de salles de cours, d'esplanades, de bibliothèques, de bureaux administratifs et de couloirs labyrinthiques. Tout Barbare devant sa vie à l'Université, chaque année les étudiants doivent risquer leur peau en grimpant sur des échaffaudages branlants pour rénover et entretenir les bâtiments. Cet évènement a lieu au printemps et est fort justement appelé le Grand Ravalement de Facade d'Avant les Grosses Chaleurs. On en profite aussi pour repeindre les statues, les Sages les plus décrépis et les panneaux des innombrables files d'attente du bureau des subventions.

On pourrait dire que globalement l'Université est un lieu où il fait bon vivre, d'autant que les moeurs débauchées des étudiants n'ont presque rien à envier au mode de vie des Fées . A ceci près que les Fées vivent ainsi jusqu'à la fin de leur vie, tandis que les Barbares s'assagissent rapidement dès qu'ils quittent le cursus scolaire pour devenir savants, professeurs, personnels administratif, missionnaires ou morts.

La fin de l'Université

La sphère de métal contempla l'Université en feu d'un air qui se voulait satisfait, mais elle ne disposait pas de moyens d'expressions qui puissent retranscrire cette satisfaction. Elle fit donc ce qu'elle savait faire de mieux, c'est-à-dire flotter en l'air de façon inerte.

Depuis son arrivée elle avait perdu très peu de temps, et s'était attelée à la destruction des superbes bâtiments avec une efficacité d'une rare beauté. Si jamais un être de métal avait été capable de sadisme, alors il se serait réjoui de ce spectacle des Barbares du Nord hurlant dans les flammes pendant qu'on brûlait leurs précieuses connaissances. Et en réalité la Boule de Métal en était capable.

Les Barbares avaient défendu vaillamment l'Université, à l'exception du Conseil des Sages qui avait prudemment décidé d'installer leurs guêtres dans un lieu plus calme en attendant la fin de ce vacarme, qui les empêchait de débattre sur le menu de la semaine suivante. On avait d'abord envoyé les stagiaires lorsque la Grosse sphère en métal foncé avait commencé à détruire et à passer au lance-flamme l'aile ouest de la Grande Bibliothèque. Après que les malheureux stagiaires étaient été carbonisé, les Anciens avaient alors hoché la tête en clamant haut et fort que de leur temps les stagiaires étaient bien plus résistants et que la nouvelle génération était vraiment constituée de chiffes molles. On avait alors évacué ces vieillards radoteurs pour prendre de vraies décisions : pendant qu'un escadron tentait d'attirer la Boule avec l'Enclyclopédie Universelle des Informations Erronées (considérée comme sacrifiable), d'autres Universitaires essayait d'éteindre les incendies.

Le plan fonctionna magistralement jusqu'à ce qu'on tente de le réaliser : non seulement la Boule ignora superbement l'Encylopédie qui servait d'appât, mais elle continua de plus belle à tout brûler, propageant le feu aux autres bâtiments, parcs et Barbares imprudents. Du coup les Universitaires chargés de la diversion préférèrent aller cacher l'Encyclopédie des Informations Erronées avant de retourner se faire décimer par la Boule. Malgré la courte durée de la bataille, les scribes qui se tenaient prudemment à distance rapportèrent quelques hauts faits, comme ce jeune étudiant nommé Tien An Men qui gesticula devant la Boule en poussant des cris de singe pour qu'elle cesse son carnage. Cet épisode glorieusement conté par les témoins de la bataille figure aussi dans l'Encyclopédie des Morts les plus Stupides au Monde, preuve que les Barbares ont un grand sens de l'objectivité.

Finalement il ne resta plus rien à brûler ni à détruire, et la Boule satisfaite s'en alla un peu plus loin brûler les villages voisins. Dans les ruines de l'Université, un vieux Barbare contemplait le désastre. Herbert était son nom et il avait vécu moultes aventures et pillages en son temps. Il était accompagné d'un jeune page crédule qui s'appelait fort-à-propos Crédule , héritage dont il se serait bien passé d'une mère lutine et donc pas très futée.
"- Mon petit Crédule, il n'y a plus rien ici pour nous ! Il est temps de descendre vers le sud, dit le patriarche.
- Bien maître, mais qu'y feront nous ?
- Nous allons conquérir leur monde, jeune Crédule !
- Vraiment ?! s'exclama le page.
- Ce que tu peux être naïf... Avec quoi pourrions-nous les conquérir ?
- Oui bah je sais pas moi... On aurait pu leur faire croire qu'on était des dieux, un truc comme ça... répondit le page vexé.
- J'ai une idée, jeune Crédule ! Nous nous ferons passer pour des Dieux et nous prendrons le pouvoir ! Dit le vieux Barbare.
- Quelle brillante idée, soupira le page. Vous êtes vraiment un vénérable savant.
- Je sais, merci. Mettons-nous en route et portez-moi sur vos épaules."

Ainsi le jeune Crédule chargea-t-il le vieux Herbert sur ses épaules, puis ils se mirent en route. Chemin faisant, le vieux expliqua en détail comment lui était venu la brillante idée de monter une religion dont il serait le centre, explication qui ne mentionna à aucun moment l'intervention du jeune Crédule.