Réunion de rentrée, voilà voilà

Pondu le 27 septembre 2016 - 0 commentaires

Jeudi dernier, j’ai eu la joie de participer contre ma volonté de mon plein gré à la réunion de rentrée des parents de la classe de CE1 du plus grand de mes petits monstres.

Ce gamin se tape de luxe d’avoir deux maîtresses, une pour le début de semaine, une pour la fin. Et comme je le pressentais, double de maîtresses = double de durée de réunion.

Pour l’occasion, nous étions dans la classe de nos chers bambins à 17h tapantes, et nous pouvions même nous installer à leur place puisque les maîtresses avaient disposé des petits panneaux avec le nom des enfants pour que nous parents puissions dire fièrement à des gamins qui s’en foutent qu’on s’était assis à leur place. Afin de bien marquer le coup, j’avais commencé à graver sur sa table « Dad was here », mais je me suis fait punir par Maîtresse n°1 et j’ai passé le reste de la réunion au coin.

Si je ne devais retenir qu’une seule chose de cette réunion, ce serait le mot « voilà ». Il a bien dû être prononcé par les deux maîtresses une bonne centaine de fois, parfois à l’unisson d’ailleurs.

La modernité ayant pénétré avec fracas dans nos institutions scolaires, toutes les classes sont équipées d’un vidéoprojecteur relié à un PC. L’avantage, c’est qu’aucun gamin ne risque de se prendre une craie lancée habilement entre ses deux yeux (bien que le traditionnel festival inter-écoles de lancer de craie ait toujours lieu chaque année, les élèves punis étant réquisitionnés en tant que cibles). Je présume que c’est comme les coups de règles sur les doigts de nos parents, tout se perd.

Les enseignantes ont donc allumé leur vidéoprojecteur pour nous montrer l’emploi du temps des enfants, nous avons ainsi pu voir qu’une des enseignantes a des pratiques sexuelles très libres grâce aux photos de vacances qu’elle avait récupéré sur l’ordinateur de la classe. Après nous avoir vanté les mérites des donjons sado-maso du bassin d’Arcachon, maîtresse n°1 nous a détaillé les deux premiers jours de la semaine.

 

Ne cliquez pas sur cette hôtesse, vous recevriez un coup de fouet.

L’hôtesse d’accueil du Palais de la Fessée à Arcachon

 

Il existe un cliché récurrent comme quoi les instits sont des feignasses qui passent leur temps en vacances, c’est pourquoi on nous a présenté un planning digne d’un ministre. Pas un ministre de la culture hein (sinon il n’y aurait eu que des petits fours et des cocktails d’inauguration), plutôt un ministre genre budget ou logement, qui fait des réunions pas marrantes dans lesquelles on ne rigole pas.

Un planning barbant donc, et super dense. J’ai bien regardé (en plissant les yeux parce que j’étais tout au fond1), je n’ai pas vu de créneau babyfoot, massage thaïlandais et origami ouzbek. Je me suis ainsi fait punir deux fois consécutives, la première fois pour avoir grossièrement interrompu la maîtresse sans avoir levé le doigt pour lui signaler ce qui me semblait être une anomalie, et la deuxième pour avoir confondu mon planning et celui de mon rejeton. J’ai donc dû copier 30 fois « Je ne dois pas interrompre la maîtresse en rotant bruyamment, ni raconter des âneries. »

Contrairement à ce que nous assènent à longueur de journée les vieux « C’était-mieux-avant », il semblerait que les élèves d’aujourd’hui apprennent les mêmes choses que les élèves d’hier, avec un peu d’anglais en plus. Leur intervenante étant d’un pragmatisme incroyable, elle commence l’année avec les jurons anglophones. C’est à dire toutes les variations à base de « fuck » comme « fuck off », « fuck you », « fucking fuck » et « what the fuck ». Les « motherfuckers », « shit », « sucker » et « bitch » devraient suivre jusqu’à la période de Noël.

Les mathématiques ne sont plus basés sur des nombres de pommes mais sur des valises d’argent transitant vers les paradis fiscaux. Sauf en zones prioritaires où on prend plutôt des voitures volées ou brûlées. Maîtresse n°2 nous a bien dit qu’effectivement c’était un peu discriminatoire, mais qu’il fallait bien adapter l’école aux enjeux modernes et que « cette différence était dictée par le pragmatisme et non par une idéologie de bisounours de merde, qu’il y en avait marre de tous ces culs-bénis bobos bien pensants qui s’offusquent pour un pet de lapin, ces hipsters bohémiens qui se font appeler des social justice warriors qui feraient bien de trouver une vraie occupation au lieu de fumer des joints en profitant du travail des autres ». C’est à peu près à ce moment-là que la maîtresse n°1 a dit que sa collègue avait un rendez-vous et qu’elle allait devoir nous quitter. Après avoir sorti la n°2 de force, la n°1 a donc continué en nous parlant du système de récompense qu’elle a instauré auprès des élèves.

Comme elle précisait que les punitions corporelles étaient interdites, maîtresse n°2 est entrée en trombe par la sortie de secours et s’est lancée dans un discours enflammé où il était question de ces lopettes politiquement correctes de pédiatres et pédopsychologues de merde qui feraient mieux de laisser bosser les gens compétents au lieu de pondre des théories fumeuses sur l’éducation des enfants des autres. J’ai applaudi bien fort, je me suis fait sortir en même temps que maîtresse n°2 par les gros bras de la sécurité.

Ce n’est qu’après cinq minutes que j’ai pu rentrer dans la classe, où je suis directement retourné au coin pour avoir beuglé « I’m back, bitches ! » au moment où je franchissais la porte.

Entre temps Maîtresse n°1 avait exposé son système de récompense, qui tourne globalement autour de la torture psychologique. Comme elle a dit, à un moment il faut bien montrer aux élèves que s’ils franchissent les limites il y a des sanctions. Alors qu’elle consultait ses fiches pour nous montrer un savant diagramme, maîtresse n°2 a fracassé une des fenêtres, a sauté dans la classe et nous a expliqué fort bruyamment que le lobby des psychiatres avait œuvré en sous-main auprès du gouvernement pour faire interdire les punitions corporelles pour une seule raison : les maltraitantes physiques sont plus facilement soignables que les souffrances psychologiques, du coup on force les gens à utiliser la violence psychologique en remplacement de la violence physique2.

La sécurité mit un peu plus de temps à évacuer la maîtresse n°2 cette fois, plusieurs parents commençant à prendre sa défense. Le calme revint surtout lorsqu’il fut rappelé que les gardes de sécurité étaient maintenant armés depuis les attentats. Un des parents qui mit en doute cette affirmation fut promptement tazé, ce qui acheva de convaincre les sceptiques.

Après une courte conclusion à base de « voilà », la maîtresse n°1 passa aux questions des parents.

Disons-le tout net, ce fut une boucherie.

La plupart des parents voulant montrer qu’ils étaient meilleurs parents que les autres, ils hurlèrent comme des gorets qu’on égorge pour se faire entendre et poser des questions allant du hors-sujet au complètement à côté de la plaque.

Maîtresse n°1 ne se laissa pas démonter et fit rappeler Maîtresse n°2. Son regard assez flippant et la bave qu’elle avait aux lèvres fit revenir le volume sonore dans la pièce à un niveau supportable et l’on put échanger courtoisement. Je vous passe le détail des questions, de toute façon ça ne m’intéressait pas.

Finalement j’ai pu m’enfuir vers 23h15, récupérer mes petits gamins qui faisaient cuire un écureuil à la broche autour d’un feu qu’ils avaient réussi à allumer dans la cour de l’école et rentrer dans ma chaumière en évitant les bandits de grand chemin qui sévissent par chez moi.

Voilà.


  1. Il est d’ailleurs assez curieux que l’être humain rétrécisse son champ de vision lorsqu’il a besoin de mieux voir, il doit bien y avoir une raison plus ou moins scientifique que nos chers savants aborderont très probablement dès qu’ils auront fini de trancher définitivement la question de savoir qui est le plus balèze entre l’éléphant et le rhinocéros. 

  2. A ce sujet, l’Association des Pédopsychiatres Francs du Collier a indiqué dans sa brochure à destination des parents et éducateurs que la violence psychologique étant plus compliquée à vérifier que les marques de coup, les parents peuvent s’y adonner avec un minimum de risques. 

Je suis une blonde, vite je commente !


Et si Tesla s’était un peu plus intéressé aux femmes ?

Pondu le 9 février 2015 - 3 commentaires

Nikola Tesla, un génie arrogant qui ne pigeait rien aux femmes

Ceci n’est pas une fille à poil. Au cas où vous auriez un doute.

Vous connaissez peut-être Nikola Tesla, brillant inventeur dans le domaine de l’électricité qui vécut à cheval entre le XIXè et le XXè siècle. Cet homme prompt à la fanfaronnade dont le père était Milutin, mimolette1 fit des découvertes scandaleusement prodigieuses comme le courant alternatif, le radar, les moteurs électriques, tout un tas de truc sur les ondes, les télécommunications, et le fait qu’être un génie arrogant n’est pas un avantage pour briller en société ou pour séduire la gent féminine.

Un de ses meilleurs ennemis, Thomas Edison, conduisit malgré lui à l’invention de la chaise électrique en voulant prouver au monde que le courant alternatif inventé par Tesla et que vous avez dans vos prises de courant était super dangereux, qu’électrocuter des animaux était encore admissible pour le grand public à cette époque2, et que Tesla était un gros caca de panda. Ce en quoi il avait d’ailleurs raison sur au moins un point, le bougre.

Nikola Tesla mourut comme un vieux con au début de 1943, tout seul, couvert de dettes et de rides, sans s’être jamais marié après avoir passé sa vie à inventer des trucs. On ne connait d’ailleurs presque rien de sa vie amoureuse. On va donc supposer dans la longue tradition de ce blog qu’il ne pigeait rien du tout aux femmes et qu’il les considérait comme « une vague nuisance parfois distrayante ». Ce qui en fait un dieu dans le panthéon des nerds3.

Et pourtant, s’il avait daigné leur consacrer un peu de son temps, il aurait pu révolutionner totalement un domaine qui, s’il est assez tendance actuellement, était plutôt en friche au début du XXè siècle. Je veux bien sûr parler des sextoys.

Le clitoris a à lui tout seul environ 8000 terminaisons nerveuses4. Ça fait beaucoup, surtout pour un organe qui est relativement délaissé par une partie non-négligeable des hommes. Mais en même temps il est très difficile d’avoir un mode d’emploi correct pour se servir de ce truc, et les quelques indications qu’on peut glaner pendant l’utilisation sont assez floues et parfois contradictoires.

Peut-on encore parler de décolleté sur cette tenue ? Et surtout, est-ce que le haut tombe lorsqu'elle ne le tient plus ?

Monsieur Tesla ? Je ne crois pas que nous nous soyons déjà rencontré, je suis une femme.

A ce propos, l’Association des Fiers Mâles Testiculés et Phallocrates de Haute Savoie (AFMTPHS pour la suite) a définitivement établi dans son colloque de 2003 intitulé « Les femmes, source de nuisance nécessaire » que le clitoris, à l’image de celles qui en sont dotées, est une invention du diable qui empêche les honnêtes hommes de vivre en paix. L’association des Éminentes Féministes Gynocrates en Colère leur répondit dans une tribune au doux titre de « Si ça vous plaît pas, restez donc entre vous et lâchez-nous la grappe ». L’année suivante, la FMTPHS se renomma lors de leur assemblée générale en Association des Fiers Gays Testiculés et Phallocrates de Haute-Savoie. Cette association fut dissoute trois mois plus tard, lorsque tous ces membres moururent de faim après avoir cru que la magie qui remplissait leur frigo de nourriture s’était tarie en même temps que leur femme quittait le domicile conjugal.

Parallèlement à ça, tous ceux qui ont maltraité des grenouilles pendant leurs cours de biologie savent qu’en stimulant des nerfs avec des courants électriques, on obtient des réactions pour le moins géniales/surprenantes/dégoûtantes/révoltantes suivant le degré d’empathie que vous avez avec nos amis batraciens et votre degré de sadisme.

Partant de là, nous avons à ma gauche un fantastique concentré de terminaisons nerveuses qui peut provoquer d’après la rumeur beaucoup de plaisir, et à ma droite un procédé qui utilise l’électricité pour stimuler des nerfs.

Donc, si Tesla avait correctement fait son boulot et s’était un peu plus intéressé aux trucs qui en valaient la peine au lieu de faire un concours de zizi permanent avec divers autres inventeurs, il aurait probablement pondu un stimulateur clitoridien qui envoyait un très faible courant électrique pour stimuler cette zone érogène.

Un mini-taser en fait. Mais mignon et rose.


  1. Ce jeu de mot ne devrait parler qu’à une minorité de vieux lutins qui hantèrent jadis un forum miteux mais où on rigolait bien. Et à condition de savoir que le père de Tesla s’appelait réellement Milutin. 

  2. Pour prouver que le courant alternatif était dangereux, il électrocuta divers animaux avec succès. 

  3. Les nerds sont des gens asociaux, souvent des hommes, qui sont souvent très spécialisés dans des domaines scientifiques obscurs, qui ont une culture et des loisirs qui leurs sont propres, et qui n’ont aucune idée de ce que sont réellement les individus du sexe opposé. On pourrait les définir comme des geeks extrêmes, mais ce serait encore loin de la réalité. 

  4. Certaines découvertes me laissent perplexes. Y-a-t’il un gars à un moment qui a découpé une femme – vivante ou morte –  pour étudier son anatomie et compter patiemment le nombre de terminaisons nerveuses, ou est-ce un type qui a fait l’estimation à la louche et dont personne n’a voulu s’enquiquiner à vérifier la véracité de ses propos ? Si c’était une personne syndiquée, il faudrait peut-être revoir ce chiffre fortement à la baisse. 

Je trouve qu'on ne parle pas assez de poneys ici, vite je commente !


Suggestion de présentation

Pondu le 25 août 2014 - 5 commentaires

Il se trouve que j’ai toujours des cernes sous les yeux, ce qui ne manque pas de faire dire à ma m’man dès qu’elle me voit : « t’as l’air fatigué, t’es sûr que tu dors bien ? »1.

Il y a deux mois, à l’occasion d’un tour dans un des magasins de la chaîne de produits bien-être, maquillage et produits beauté bien connue Gilbert Caillou, nous sommes tombés sur un produit qui devait d’après le descriptif réduire mes cernes de façon visible, m’assurant ainsi succès, gloire et magnificence.

Ne cliquez pas sur cette image, la fille sexy est plus bas dans cette note.

Notez la mention « poches visiblement atténuées », nous en reparlerons plus tard.

Passons sur le fait que le produit était en promo permanente, mais que si comme nous l’avons fait on l’achète avec un bon de réduction celle-ci se fait sur le prix plein pot, ce qui donne un prix plus élevé avec un coupon de réduction qu’avec un achat normal (chose que nous avons réalisé bien après achat, évidemment…).

Passons aussi sur le fait que ce produit ne pénètre pas la peau et que les espèces de billes permettant le massage des cernes sont assez peu agréables à utiliser.

Il y a quelques jours, Albane m’a dit « Ça a l’air de marcher quand même ton truc anti-cernes, on les voit un peu moins depuis quelques semaines ! ».

Je fus obligé de lui avouer l’air un peu piteux que je n’en mettais plus depuis quelques semaines justement, ce qui veut dire soit que ce produit accentue les cernes, soit que le fait que je sois en vacances depuis deux semaines et que je dorme 9 heures par nuit réduit mes cernes, et dans ce cas j’entends déjà ma mère faire :

Ma mère, découvrant qu’elle avait raison et me le signifiant en mode « Je te l’avais bien dit ! »

Ce n’est pas le premier exemple de produit inefficace qui affirme pourtant que ce n’est pas le cas, même si aucun autre exemple ne me vient en tête. Je vous rappelle que je suis en vacances et que donc je ne vais pas me fouler pour chercher d’autres preuves à mes affirmations2. En général, ce sont des produits de beauté, des vins ou des poneys shetland. J’en déduis donc la chose suivante :

Lorsque le packaging d’un produit vante son efficacité ou sa qualité, celle-ci est inversement proportionnelle à ce que dit l’étiquette.

Ne cliquez pas sur cette image, elle ne vous aidera en rien à comprendre la théorie de la relativité.

Lecteur hétérosexuel mâle, qu’est-ce qui vous attire chez cette jeune femme : sa licence en physique ou ses formes ?

Je ne connais pas trop le monde des produits de beauté, mais je suppose qu’il doit y avoir un budget fixe pour le lancement d’un produit, qui est partagé ensuite entre la R&D (recherche et développement, qui détermine le contenu du produit) et le packaging commercial (qui détermine la forme du produit). Comme ce sont les commerciaux qui dirigent le tout, ils se servent en premier. Lorsque vient le moment de développer le produit, ils n’ont plus un rond et ils sont bien embêtés. Ils prennent donc la décision courageuse de passer outre la phase de R&D, de mettre dans le super packaging un mélange d’eau et de lubrifiant à préservatifs et d’apposer sur l’étiquette ce que le produit est censé faire.

Ces gens-là savent que l’esprit est supérieur à la matière (chose qu’on leur a inculqué avec un vocabulaire choisi : « Les gens sont des cons, ils sont prêts à croire n’importe quoi et ils vont marcher à fond. »), ils forcent ainsi l’auto-suggestion des acheteurs, ce qui permettra à l’action supposée de se produire effectivement. Du moins sur les gens pour lesquels l’esprit est effectivement supérieur à la matière (ce qui exclue notamment les participants aux émissions de télé-réalité et certains sportifs).

Vous allez me dire qu’un certain nombre de gens vont se rendre compte de la supercherie, et vous aurez parfaitement raison. Mais ce certain nombre de gens n’entrant pas dans la cible marketing du produit, ils représentent un faible pourcentage des acheteurs qui sera qualifié de négligeable par l’Association Française des Publicitaires Négligents, dont les membres négligent à peu près tout, à commencer par les risques liés à l’absorption de stupéfiants en quantité stupéfiante.

Note : En réalité, je suis de très mauvaise foi et le réducteur de poches fait parfaitement son office. Quand le packaging mentionne « Poches visiblement atténuées », il s’agit en réalité de celles qui contiennent mon argent. Cette honnêteté commerciale m’arrache presque une larme.


  1. A prononcer avec un air soupçonneux. 

  2. Vous pouvez toutefois apporter votre pierre à l’édifice dans les commentaires. 

On est bien sur skyblog ici ? Vite, je commente !


Le WAF, un concept qui a du chien

Pondu le 21 novembre 2013 - 8 commentaires

Avant toute chose, je tiens à remercier le jury de l’International Worst Title Joke, j’espère me qualifier en finale grâce à ce titre de note.

J’ai plusieurs amis qui vont investir dans la Playstation 4 quand elle sortira prochainement. Au grand bonheur de leurs compagnes, qui font semblant de prendre la chose avec désinvolture mais qui grincent quand même un peu des dents.

Cet amour contrarié que portent ces infortunées demoiselles à la PS4 porte le doux acronyme de WAF, pour « Wife Acceptance Factor ». A l’origine, le WAF est l’indice de tolérance d’une femme à la présence d’un objet technologique typiquement masculin dans son environnement ménager (comme les énormes chaînes HiFi noires et sentant le mâle des années 90). Inutile de vous dire que ce sigle a été créé par un homme hétérosexuel et un brin machiste.

Pour la suite de cet exposé, nous prendrons comme exemple-témoin Bill et Brenda Cuppermiddle, couple hétérosexuel stable, de classe moyenne (tant par le salaire que par la tenue vestimentaire), résidant en proche banlieue d’un centre urbain quelconque, d’un âge approximativement approximatif et d’une nationalité occidentale. Détracteurs de l’utilisation des clichés et autres stéréotypes dans un argumentaire, passez votre chemin car la suite de cette note en sera remplie.

Vous aurez compris que le WAF s’applique parfaitement aux consoles de jeux. Bill est un joueur régulier de Playstabox Zii 5, il squatte donc assez souvent le téléviseur principal à l’heure des émissions culturelles de W9 en fin d’après midi.

Une demoiselle qui permet des WAF assez élevés. Mais du coup difficile de se concentrer sur le jeu en cours.

Une demoiselle qui permet des WAF assez élevés. Mais du coup difficile de se concentrer sur le jeu en cours.

Le rapport de Brenda à cette console va donc dépendre :

  • de la quantité d’amour qu’elle porte à Bill,
  • de l’importance qu’elle accorde au visionnage des « Ch’tis Marseillais à Bollywood »,
  • de l’élégance de la console et donc de son intégration dans le mobilier du salon,
  • de l’humeur de Brenda (avec divers bonus/malus comme la période des ragnagnas, la visite de son amant plus tôt dans la journée ou encore le succès de sa visite chez le coiffeur1).
  • de la capacité de Brenda à se servir de ladite console. Dans notre exemple, cette valeur tend vers le zéro pointé.
  • de l’intérêt que porte Brenda aux jeux vidéo. Dans notre exemple, cette valeur tend également vers le zéro pointé.

Certains critères sont largement minoritaires. En réalité, on peut dire que le WAF dépend surtout de la beauté de l’objet, de sa simplicité d’utilisation ainsi que de l’utilité que peut y trouver Brenda.

Les mâles alpha qui pourraient me lire (ils sont peu nombreux car je ne suis pas publié dans le journal l’Equipe) vont ricaner grassement en disant que globalement on s’en fout, vu que le WAF concerne justement des objets pas faits pour les gonzesses.

Lecteurs fortement testiculés, sachez que vous êtes dans l’erreur et que notre société de consommation a bien compris désormais que proposer des objects masculins avec un WAF élevé permettait d’élargir la clientèle aux femmes. Vous voulez un exemple ? Les outils de bricolage utilisables par des gens n’ayant ni barbe ni fesses poilues qui dépassent du jean quand ils se baissent, l’ensemble des produits Apple du type « iBidule », les appareils électro-ménagers, les voitures (Mini, Fiat 500), Facebook, la Wii (contre-exemple de console !), etc.

Mieux, certains objets ont toujours eu un WAF élevé : les machines à laver et les sex-toys par exemple. Ces objets étant traditionnellement réservés à Brenda (Bill ne sait même pas où ils sont situés dans la maison), ils ont appliqué dès le départ un design élégant (ce critère est toutefois assez relatif), une simplicité d’utilisation et une réelle utilité2.

Un combo machine à laver - sextoy pour amatrices de rodéo.

Un combo machine à laver /sextoy pour amatrices de rodéo.

Vous allez me dire que le WAF ne devrait pas s’appliquer aux machines à laver, parce qu’on a vu plus haut qu’il ne concernait que les objets typiquement masculins. Sauf qu’à cause de cette foutue égalité homme-femmes, beaucoup d’objets qui étaient autrefois réservés aux hommes sont maintenant utilisés par des femmes. Et vice-versa, évidemment3.

Tout ça pour dire que de toute façon les amateurs (et trices) d’objets à faible WAF se contrefoutent globalement de l’avis de leur conjoint. Ça peut d’ailleurs aller à un tel point qu’ils finissent par se retrouver dans des émissions d’étude de la misère sociale (aussi appelées « TrashTV ») comme « Confessions Intimes » ou « Tellement Vrai ».

Si vous avez bien lu cette note, que vous êtes conjoint(e) d’une personne qui a déjà sacrifié son salaire de décembre (et donc votre cadeau de noël) pour s’acheter la Playstation 4 ou la XBox One, peut-être aurez-vous remarqué que je ne m’incluais pas dans la liste. Et pour cause, puisque moi les consoles je m’en tamponne. Ainsi que du foot.

Et si vous vous dites que je suis trop parfait pour être honnête, vous avez raison.


  1. Je vous avais prévenu que j’allais recourir de façon intensive aux clichés. 

  2. Avant que vous demandiez, Bill est un peu paresseux au lit. Donc oui, les sex-toys de Brenda sont bien utilisés. 

  3. Oui mesdames il existe des sex-toys pour hommes, des trucs un peu plus classe que des poupées gonflables. 

Je suis fan de chats, vite je commente !


Une histoire de courant

Pondu le 25 avril 2012 - 12 commentaires

 Pré-note : Cette note est la plus longue que j’ai jamais faite, quasiment 4600 mots. C’est une fiction évidemment, et pas une très marrante en plus. De ce fait, point de photo de jeune femme courtement vêtue cette fois-ci. Bonne lecture…

Amandine était bien embêtée. Cette jeune brune de 28 ans travaillait à l’accueil clientèle au sein d’ERDF. Le fonctionnement d’ERDF restait un profond mystère pour elle, vu que lors de sa formation aucun responsable ne s’était risqué à lui décrire le fonctionnement de l’entreprise. Elle avait cru comprendre que c’était un reliquat de l’ancien monopole EDF-GDF, et que du coup lorsqu’il avait été décidé de créer ERDF, on y avait fourré pèle-mêle des trucs d’EDF et de GDF en priant très fort pour que ça ne foire pas.

Amandine venait d’avoir un appel d’un client qui avait fait sa demande de raccordement début octobre 2011, et là on était en avril 2012 et rien n’était terminé. Elle alla voir son responsable, M. Defort, qui était un quinquagénaire mal rasé, peu aimable et pas très beau.

« – Patrick, j’ai un souci avec un client : ils vont emménager à la fin du mois et ils n’ont toujours pas été raccordés.

– Ils ont fait leur demande quand ?

– En octobre de l’année dernière.

– Et ils croient peut-être qu’il suffit de claquer des doigts pour leur amener l’électricité ?!

– 6 mois, ça fait long quand même non ?

– Ah ma petite, tu n’es pas avec nous depuis très longtemps, sans quoi ça ne t’étonnerait pas.

– Mais alors je fais quoi ? »

(suite…)

Je voudrais la paix sur le monde, vite je commente !


James Bond, ce crétin subversif

Pondu le 27 décembre 2011 - 8 commentaires

Aujourd’hui nous allons parler des films d’espionnage, avec en vedette ce coquin de James Bond. Non pas que ce soit le seul, mais c’est certainement le plus emblématique.

Intéressons-nous d’abord au héros du genre (avec sa sous-catégorie de la Femme Fatale), que nous mettrons ensuite en concurrence avec son alter-ego le Vilain-Grand-Méchant.

Le héros, un type héroïque.

S’il est quelque chose qu’on ne peut nier avec le héros, c’est qu’il a une belle gueule charismatique. Du genre à faire se retourner toutes les nanas et les gays dans un cocktail mondain. Enfin non, pas les gays : le héros est un hétérosexuel compulsif, et toute chose tendant à démontrer que le héros pourrait apprécier les Dieux du Stade doit être écartée. Si homme gay il y a dans un film d’espionnage, ce sera soit un méchant, soit un élément comique, soit les deux mais dans tous les cas il sera totalement facultatif au niveau de l’intrigue.

Black Widow, une espionne russe crée par Marvel. Un bon prétexte pour mettre une paire de seins dans une combi moulante.

D’ailleurs je parle du héros au masculin, mais dans les rares films où on confie le rôle principal à une gourdasse, c’est la même chose (avec une paire de seins renversante en plus). Le héros est donc beau, avec du sex-appeal, bien fringué, une dentition parfaite et une condition physique qui lui permettrait de battre tous les records olympiques s’il n’était pas constamment occupé à culbuter des donzelles dans les toilettes des ambassades lors de réceptions ennuyeuses.

Car le héros masculin est un bon coup. Ce n’est pas moi qui le dit, mais la brochure printemps 2012 de Espion Magazine :

Avantages pour vous mesdames :

  • Procure de multiples orgasmes en peu de temps
  • Est capable de prouesses de séduction dont il ne se servira pas car vous aurez déjà succombé à son after-shave.
  • Garanti sans panne sexuelle.
  • A une haleine fraîche le matin.
  • Ne pète jamais au lit.
  • Ne regarde pas le foot.
  • A de gros moyens financiers.

Inconvénients :

  • Se barre au beau milieu de la nuit.
  • Est infidèle.
  • Ne fait pas les courses ni le ménage.
  • Se contrefout de ce que vous pouvez penser ou dire.

On l’aura compris, le héros a une grosse libido et une très faible opinion des femmes.

Le héros ne respecte pas les règlements ni sa hiérarchie. Il est libre le héros, c’est un rebelle ! Et en plus comme personne ne vient le chopper par l’oreille pour lui dire d’arrêter ses conneries et d’aller au coin, il est conforté dans son comportement.

Il est également très con. Non pas qu’il ne soit pas intelligent : le héros sait parler plein de langues, il connaît tout un tas de coutumes et usages dans plein de domaines variés, il sait faire la conversation et donner la patte quand on lui demande. Non, en fait c’est juste qu’il se comporte comme un abruti. Donnez à un héros deux options : l’une qui demande de la patience, de la réflexion mais qui sera efficace et discrète, et l’autre qui lui permettra de rentrer dans le tas en faisant des explosions, des morts et des dégâts considérables sans attendre. Quelle option notre héros testiculé va-t-il choisir ?1

La seconde évidemment. Et même si par inadvertance il choisit la première, il va à un moment ou à un autre faire foirer son propre plan pour pouvoir tuer tout le monde dans une explosion monumentale. On pourrait penser que le principal ennemi du héros c’est le Vilain-Méchant-Ricaneur, mais en réalité le héros roubignollé n’a besoin de personne pour saboter son travail.

Les collègues du héros :

Ils ne servent qu’à faire diversion, à se faire tuer ou à ce qu’on ne remarque pas trop que finalement le héros arrive à descendre une centaine de types surentraînés en deux heures et demi de film à lui tout seul. Ils ne valent même pas la peine que je leur consacre plus de temps, c’est dire s’ils sont inutiles.

La Femme Fatale :

Quand je vous disais que les James Bond Girls avaient des moeurs légères...

C’est une femme forcément sublime et bien roulée, élégante et pas vulgaire pour un sou. Très propre sur elle, elle sort souvent avec le Méchant Qui Fait Peur et va changer de partenaire sexuel sur une simple roucoulade du héros, ce qui va bien sûr fortement agacer le Méchant De La Terreur qui n’arrive pas forcément à satisfaire pleinement sa partenaire au lit, vu qu’il a quand même un projet de conquête du monde à organiser, et que non-pas-ce-soir-chérie-j’ai-mal-à-la-tête.

La Femme Fatale est intelligente et stupide à la fois : raffinée et bien élevée, elle saura briller en société. Pour autant elle fait des choix de vie qui confinent à l’acte suicidaire. Et quand les évènements ne lui sont pas fatals (c’est décidément un adjectif qui lui sied comme un gant), elle s’en sort de justesse et avec les cheveux décoiffés. Première bourde : sortir avec un Méchant Fourbe et Sournois ; deuxième erreur : sortir avec le héros qui veut justement éliminer le Méchant Sournoisement Fourbe ; troisième erreur :  non contente de faire tout ça, elle le fait de façon ostentatoire : tout le monde va voir qu’elle a joué à touche-pipi dans les toilettes avec le héros pendant le discours d’inauguration d’une entreprise de son méchant de mec, mais elle croit tout de même qu’elle va pouvoir s’en sortir avec un battement de cils et une sourire enjôleur.

Cette insouciance ridicule lui vaut fréquemment d’être tuée par le Méchant Vilain au Cœur Brisé de façon cruelle et douloureuse, mais ça survient après qu’elle ait fait des galipettes avec le héros et elle peut donc mourir sans gêner l’action de celui-ci.

A noter que certaines Femmes Fatales font partie des Méchants Secondaires. On peut au moins leur accorder qu’elles ne jouent pas à la girouette comme leurs collègues pro-héros, et qu’au moins elles restent fidèles. Mais par contre elles meurent à coup sûr, c’est ballot.

A l’inverse, voici les méchants, classés en plusieurs catégories :

Ceux qui n’ont pas de nom :

Sacrifiables à merci, ils sont systématiquement tués par le héros ou par le Grand Vilain Machiavélique. C’est dans cette catégorie qu’on met tous les gens de couleur présents dans ces films : le héros est blanc, le méchant est blanc, et la femme fatale… On s’en fout de la femme fatale, elle n’est là que pour montrer sa plastique de rêve.

Les Méchants Secondaires :

On pourrait les comparer à des Boss de fin de niveaux dans les jeux vidéo : ce sont des méchants intermédiaires qui mourront brutalement. Ce sont souvent eux qui ont le plus affaire au héros tout au long du film, et pourtant ils sont traités comme du petit personnel par le Vilain Méchant en Chef. Inutile de dire que nos méchants secondaires reportent toute la frustration de leur situation sur le héros ou à défaut sur la femme fatale du héros.

Ils ont souvent une difformité physique, ça renforce leur côté ouh-là-là-qu’il-fait-peur-celui-là. Et quand ils n’en ont pas, c’est le héros qui leur en crée une (balafre, bisou sur la joue, bras en moins, etc.). Ce sont des personnes qui ont une personnalité très fragile et qui craquent facilement. Ça leur vaut souvent une mort brutale et rapide.

Le Méchant Principal Plus Méchant que Les Autres :

C’est mon préféré, je ne vous le cache pas. Le Méchant a une élégance et un charisme certain, et pourtant il fait fade à côté du héros étincelant. Le Méchant est un type qui a réussi dans la vie : il est riche, il a une Rollex, des superbes villas, une femme magnifique… Ah non tiens, il vient de se la faire piquer par le héros. Mais à part ça il a tout pour être heureux. Tout ? Noooon, car il lui en faut plus !

C’est pourquoi le Méchant Diabolique et Vil a un plan. Un plan qu’il a mis des années à préparer, le but de sa vie, le couronnement de sa carrière, un plan qui lui vaudra d’être en couverture de Vilain Magazine comme étant le Méchant du Siècle ! Patiemment, il a rassemblé ses forces, mis en place ses pions, posé discrètement les bases de ce qui va lui permettre d’obtenir plus de pouvoir, plus d’argent, et d’obtenir enfin une reconnaissance de son talent par son papa qui le traite tout le temps d’incompétent.

Inutile de vous dire que le Méchant Monstrueusement Maléfique est d’une rare intelligence. Il est raffiné, cultivé, audacieux, visionnaire, méticuleux, il connaît ses tables de multiplication, il ne fonce pas tête baissée dans les ennuis, il réfléchit avant d’agir  et il n’oublie jamais de sortir les poubelles la veille du jour de ramassage des ordures. Par contre il a un complexe d’infériorité, il se sent rejeté, il veut l’admiration de ses petits camarades et il tolère très mal l’échec. Si jamais il rate son exercice de maths, il peut bouder pendant une journée entière.

Mais alors pourquoi donc le Méchant Qui est Malin et Cruel perd-il à la fin ? Il devrait pourtant mettre la misère au héros crétin !

Il me restait une photo, c'était dommage de vous en priver.

Et bien mes petits, ça s’appelle tirer le niveau vers le bas : dans une classe d’école, quand un élève est perturbateur et médiocre il a tendance à entraîner tous les autres enfants avec lui dans ses bêtises, abaissant à lui tout seul le niveau de la classe. C’est pareil pour le Méchant Qui Fait Peur aux Bébés : en présence du héros, il va vouloir tuer tout le monde et faire pan-pan boum-boum au lieu de réfléchir cinq minutes et mettre calmement un bon coup de pied dans les bourses hypertrophiées du héros pour lui apprendre à piquer la nana des autres.

Voilà la conséquence : le Méchant Vilain de la Peur s’éparpille dans tous les sens en essayant de singer le comportement stupide du héros pour lui mettre une raclée, et du coup il foire le plan de sa vie. Bon, il a quand même la satisfaction de buter son ex la plupart du temps, c’est toujours ça de pris. Et à la fin cet odieux personnage meurt, et jamais de façon élégante. De toute façon vous aurez compris qu’à partir du moment où on fait partie de toute autre catégorie que le héros, on meurt.

Mais alors, que peut-on retenir du film d’espionnage à la James Bond ? Premièrement, c’est une ode à la stupidité. Deuxièmement, les femmes adultères et frivoles y jouent un meilleur rôle que celles qui restent fidèles à leur chéri. Troisièmement, les gens qui présentent un handicap ou une difformité sont moqués et présentés comme méchants. Quatrièmement, on y célèbre l’arrivisme face au besogneux entrepreneur : le pique-assiette gagne face à celui qui a trimé toute sa vie et qui allait enfin réussir à s’épanouir. Cinquièmement, on met en valeur ceux qui ne respectent pas les règlements et qui n’en font qu’à leur tête.

L’air de rien, on tente de vous conditionner à désobéir aux règles et aux mœurs en vigueur dans notre société actuelle lorsqu’on vous montre tout ça.

Ces films sont la quintessence du film subversif. Et en plus y a des jolies filles dedans.

 


  1. Indice : pan-pan boum-boum. 

Je suis fan de chats, vite je commente !


Comment parler à un poisson rouge ?

Pondu le 7 octobre 2010 - 2 commentaires

La mémoire. Vaste sujet que je ne peux évidemment pas traiter ici vu le faible niveau intellectuel de mon lectorat, celui-ci se réduisant à quelques spammeurs ainsi que des gens égarés en cherchant « faire pipi assis » sur google1. Sans compter que mon niveau à moi n’est pas plus brillant, et qu’en plus je suis trop feignant pour faire un truc digne d’un doctorat. Je vais donc me contenter de faire une petite liste de la probabilité pour un homme lambda me ressemblant d’oublier ou non ce qu’on lui dit.

Nous allons prendre comme exemple un cobaye anonyme nommé Tulving Endel (il lui fallait bien un nom, et on a déjà vu plus nul), vivant maritalement avec Mme Endel, comme leur nom commun l’atteste.

Une façon intelligente de faire passer un message

Les catégories de discussion :

– Tâche ménagère : probabilité d’oubli de 70%. La tâche ménagère n’est ni motivante ni palpitante, aussi n’espérez pas de notre sujet qu’il soit performant au niveau mémoriel.

– Tâche urgente ou importante : probabilité d’oubli de 35%. Le caractère particulier de ce genre de tâche allume dans la tête de M. Endel une petite alarme rouge. Même s’il oublie le propos de cette alarme, le fait qu’elle continue de clignoter le forcera à se remémorer ce qu’il a à faire.

– Ragot : probabilité d’oubli de 90%, soumi à variations : si notre cobaye est devant quoi que ce soit de plus palpitant (livre, jeu vidéo, télé – y compris un jeu télévisé dans la tranche 18-20h2 ), le score grimpe à 98%.

– Ragot dans les thèmes suivants : sexe, violence, intrigue amoureuse, dénigrement : probabilité d’oubli de 45%. Le taux grimpe à 60% si le cobaye est occupé par autre chose. Madame Endel devra donc faire ressembler ses ragots à des séries télé américaines. Ce qui devrait toujours être le cas d’ailleurs. N’hésitez pas à rajouter des rebondissements mais évitez l’abus de cliffhangers, parce que d’une part vous risquez de perdre l’attention de votre auditeur qui n’attend qu’une faiblesse de votre part pour s’engouffrer dans la brèche et retourner à sa série télé, et d’autre part ça casse totalement le rythme de la narration.

– Discussion sérieuse : probabilité d’oubli de 15%. Varie fortement suivant le degré de sérieux effectif de la discussion. Exemple : Madame trouve qu’il faudrait racheter des rideaux et que le choix de la couleur est capital pour la vie du couple. La probabilité d’oubli de cette discussion par Monsieur sera de 80%. Autre exemple : Madame veut quitter Monsieur, la probabilité d’oubli tombe à 5%.

– Promesse de sexe : probabilité d’oubli de 10%. La probabilité sera d’autant plus basse que la différence de libido entre Monsieur et Madame sera grande3. A noter que toutes les catégories ci-dessus voient leur taux de probabilité baisser de 50% si celles-ci sont assujetties à une promesse de sexe (exemple : « fais la vaisselle et t’auras une gâterie » – taux d’oubli de 20% seulement).

Les facteurs aggravants :

– Madame Endel est une femme adorable, ce n’est pas là le problème. Mais à l’instar de 78% des femmes en couple sur Terre, elle choisira de préférence un moment inopportun pour entamer une conversation avec son conjoint, c’est à dire lorsque celui-ci sera occupé à lire, jouer, zieuter la télé, mater discrètement la voisine4 ou jeter des cailloux sur le chien du petit vieux d’à côté pour qu’il jappe et se fasse engueuler.

– Une tenue vestimentaire à la limite du sac à patates. C’est idiot de le rappeler, mais on est bien plus attentif à quelque chose de beau et bien présenté qu’à un truc mal ficelé et moche. A noter que c’est valable pour les deux sexes…

– Faire passer un sujet totalement inintéressant pour quelque chose de capital et super urgent. C’est l’équivalent de crier au loup, et l’efficacité de cette manœuvre est inversement proportionnelle à la fréquence de son utilisation. C’est une affaire de bon sens, et pourtant il est fréquent que Madame Endel fasse ce genre de choses, et elle continue de s’étonner que Monsieur Endel – personnage pragmatique – réponde un vague « oui oui » sans pour autant avoir l’air d’être ne serait-ce que vaguement concerné par la nouvelle.

– Radoter sans relâche la même chose dans l’espoir que l’information passera mieux. Non seulement c’est sans effet, mais en plus c’est énervant. Vraiment, c’est énervant. Et quand Monsieur Endel est énervé, il reste totalement hermétique à toute forme de communication.

Mais alors comment faire pour parler à une mémoire de poisson rouge ou un affabulateur sans qu’il oublie tout ?

– Je l’ai mentionné dans la première partie, mais promettre du sexe est très efficace. Évidemment on a l’impression de s’être prostitué(e) pour être entendu(e) par son conjoint, mais combien de Monsieur Endel ont déjà offert un cadeau à leur compagne dans l’espoir que celle-ci se montre généreuse au lit par la suite, et combien de Mme Endel ont savamment fait en sorte que cette situation perdure ?5

– Attendre qu’il soit en train d’effectuer une corvée ou un truc chiant, c’est aussi l’assurance que notre bon Monsieur Endel soit au maximum de sa capacité d’écoute. En effet, tout ce qui pourrait le sortir de son occupation morose sera accueilli comme une parole divine.

– Soyez bref(ve). Contrairement à beaucoup d’autres choses, ici plus c’est court plus c’est bon. Les meilleures sont les plus courtes, etc. Quand on s’adresse à quelqu’un qui a la faculté de concentration d’un moucheron, il faut synthétiser au maximum l’information. Mesdames, mettez donc de côté votre fierté et laissez tomber cette vaste supercherie qui dit que vous êtes capable de faire deux trucs en même temps. Quand vous vous adressez à une mémoire de poisson rouge, ne faites que cela pour capter au maximum son attention et ne pas avoir de temps mort dans votre discours.

Voilà, je crois vous avoir bien éclairé sur la communication avec un homme (c’est valable partiellement pour une femme également) ayant quelques lacunes au niveau de la mémoire immédiate. Je tiens à préciser que Madame Endel est un personnage fictif, et que tout ressemblance avec des personnes existantes serait une coïncidence troublante6. Les statistiques sont tirées d’un rapport de 2009 de l’Institut de la Mémoire Défaillante (IMD), qui s’occupe notamment des problèmes de mémoire immédiate, ainsi que de trucs que j’ai oublié.


  1. J’ai honte de le dire mais c’est avec cette requête que je reçois le plus de visites sur mon blog. Comme quoi je peux bien essayer de relever le niveau, c’est toujours avec du pipi-caca que j’ai le plus de succès… 

  2. Et Dieu sait que pourtant le niveau est assez faible dans cette tranche horaire… 

  3. On pourrait penser que je considère facilement que les femmes ont une libido plus faible que celle des hommes. Mais à bien y penser, si vous n’avez pas envie de sexe et que votre partenaire vous annonce qu’il va sauter dessus vous allez être contrarié, donc vous n’oublierez pas non plus. 

  4. Ce qui n’est pas mon cas. Je n’ai rien contre ma voisine, mais on  ne peut pas dire qu’elle fasse frétiller quoi que ce soit dans mon caleçon… 

  5. Je ne sais pas si la situation inverse existe, mais je sais que l’invention de la galanterie est une des plus fourbes trouvailles féminines. 

  6. Avec ça je n’aurai pas les reproches d’Albane, ce qui m’obligerait à l’écouter se justifier et à faire oui-oui en essayant de suivre en même temps les Simpsons. 

Je parle souvent pour ne rien dire, vite je commente !


Le vrai patriotisme

Pondu le 2 septembre 2010 - 12 commentaires

Vous le savez, c’est la crise. Ou plutôt la Crise, le « c » majuscule induisant une forme de crainte respectueuse de ce phénomène. Ce qui me fait d’ailleurs penser qu’à l’instar des anciennes divinités maléfiques qu’on vénérait pour ne pas se prendre leur divin courroux sur la tête1, je devrais monter une secte qui vénèrerait la Crise pour qu’elle épargne mes ouailles. J’appellerais ça le Temple Critique de la Rédemption et ce serait bien cool.

Je pourrais attirer une foule de boursicoteurs, de financiers, de personnalités politiques, que des gens puissants en fait. Oui parce que les pauvres ils ne craignent pas la Crise eux. Ils sont dedans depuis qu’ils sont petits donc ils ont appris à faire avec. Salauds de pauvres, ils faut toujours qu’ils aient des avantages que les autres n’ont pas.

Mes adeptes seraient donc des gens riches, ce qui me permettrait de leur réclamer des dons généreux pour ma poche paroisse, de les avoir à ma botte, de coucher avec plein de filles trop crédules2 et de pouvoir enfin péter dans des draps en soie.

Mais en fait cette digression n’est absolument pas le sujet de cette note, qui va plutôt parler de : « Comment qu’on fait quand on est gouverne un pays plein de pauvres et qu’on voudrait qu’il rapportent un peu à l’État ? ».

Une femme russe patriote

Figurez-vous qu’un pays a trouvé la solution. Et je ne parle pas d’une petite république bananière d’Amérique Centrale mais d’un pays plus grand que l’Europe, et duquel nous sommes largement dépendants en approvisionnement en gaz naturel3. Une solution si simple qu’elle en est brillante : Alexeï Koudrine, le Ministre Russe des Finances encourage ses concitoyens à boire et fumer tant qu’ils le peuvent pour réduire les déficits publics4. Évidemment il ne l’a pas dit comme ça, mais ça revient au même.

Car enfin à quels loisirs peut bien avoir accès le pauvre, russe de surcroît ? Certainement pas les jolies filles, puisqu’elles émigrent en masse vers nos contrées pour y être exploitées sexuellement. Non le pauvre est facilement enclin à boire pour oublier ses galères, et à fumer parce que ça détend. Hors on sait tous que les taxes énormes que les pays mettent sur les produits alcoolisés et cancérigènes rapportent plein de sous. En Russie c’est même la principale source de revenus du Gouvernement, selon l’Institut d’Étude du Peuple et des Jolies Filles (cet institut est très largement controversé pour ces affirmations à l’emporte-pièce, sachez-le). L’équation pour générer des revenus est simple : plus de pauvres = plus d’alcool et de cigarettes vendu(e)(s)5 = plus de sous dans les caisses de l’Etat.

Bien évidemment cette équation a ses limites. On ne peut décemment augmenter le nombre de pauvres sans affaiblir le reste du pays, et de plus trop de pauvres ça pose toujours des problèmes de délinquance, d’habitats insalubres, c’est moche sur les cartes postales et ça file une mauvaise réputation au pays. Du coup il faut pouvoir renouveler son stock de pauvres sans risquer la surproduction. Le seul levier sur lequel on peut jouer est donc la consommation d ‘alcool et de cigarettes. Augmenter les taxes est un mauvais calcul puisque les pauvres ne pourraient plus se payer ces denrées, donc il faut encourager la consommation effrénée. Un abus d’alcool et de tabac entraîne la mort prématurée des consommateurs, ce qui assure le renouvellement des populations sans le sou, on augmente les revenus, c’est définitivement une bonne idée pour se sortir de la Crise.

Malheureusement cette idée géniale est inapplicable chez nous, la faute à notre maudite couverture de santé. Les pauvres résidant en France peuvent bénéficier de la CMU et donc accroître artificiellement leur durée de vie, sans compter que les dépenses de soins sont du coup payées par l’Etat qui accumule alors plus de déficits que de recettes dans cette opération (ce qui explique les campagnes anti-tabac et alcool dans notre pays, sinon on ne dirait rien). Je m’adresse donc solennellement à tous les pauvres (et même aux autres) de France et de Navarre pour leur dire de cesser de picoler comme des trous et de fumer comme des pompiers. C’est bien beau d’être patriote, mais ça ne sert à rien en France.

Tant qu’à aider efficacement l’État optez plutôt pour une addiction au jeu, maintenant qu’il est correctement encadré et taxé.

Source : entre autres.


  1. A ce propos le Dieu Chrétien de l’Ancien Testament – celui décrit dans le Nouveau étant vachement plus cool, mais il s’agit en réalité du même Dieu – entre dans cette catégorie, avec ses plaies d’Égypte et autres noyade d’armée. 

  2. C’est un passage obligé pour tout gourou qui se respecte, et sérieusement un gourou sans abus sexuels c’est un peu comme une pub de savon sans fille nue, c’est complètement irréaliste. 

  3. Si vous n’avez pas trouvé, la solution arrive plus loin, ne paniquez pas. 

  4. Cette information est véridique. Sans mentir. Parole. 

  5. Oui là je n’ai aucune idée de la façon dont on accorde le verbe vendre avec alcool et cigarettes, donc faites à votre sauce. 

Je connais personnellement Chuck Norris, vite je commente !