La Poste, une longue histoire de maux avec plein de lettres

Pondu le 27 décembre 2012 - 6 commentaires

Les services postaux, c’est avant tout une longue histoire de glorieux mérites.

On y pense peu, mais avant l’arrivée de la presse écrite, avant les journaux télévisés, avant Internet, il y avait… que dalle. Les moyens d’information étaient pour le moins peu fiables, lents et pas forcément objectifs.

C’était là qu’intervenaient les services postaux : porter des messages, des colis, des missives en galopant à travers le Royaume, telles étaient les missions des fiers postiers.

Il va de soi qu’en ce temps-là les gens de la poste n’avaient pas de Kangoo ni de vélo. Le seul moyen de déplacement rapide, c’était le canasson. Avouez que ça en jette plus de se déplacer en cheval qu’en vélo, le prestige de ces hommes (car la parité était loin d’être respectée en ce temps-là) était tout autre qu’actuellement.

Créés sous Louis XI, les services postaux servaient à l’origine au Roi pour envoyer des sextos à ses maîtresses. Etant donné qu’il n’y a avait pas que le Roi qui avait des maîtresses, et qu’il pouvait s’avérer bien pratique d’envoyer des messages et des lettres à l’autre bout de la France, on élargit bientôt la mission de la Poste aux autres gens du Royaume.

Le Pony Express : une époque malheureusement révolue.

Au fur et à mesure de leur histoire, les services postaux se sont développés et sont entrés dans la légende. Prenons le Pony Express, cette entreprise postale intimement liée à la conquête de l’ouest nord-américain.

C’était une longue chaîne de relais postaux qui allait d’un bout à l’autre des Etats Unis, pouvant faire passer un message de l’est à l’ouest en 10 jours seulement. Les français et les belges tenterons bien de reproduire ceci dans leurs pays respectifs, mais suite à une malencontreuse traduction un peu trop littérale, les relais postaux seront équipés de poneys. Vous le savez sans doute, mais le poney est un animal hargneux, peu coopératif et assez je-m’en-foutiste.

La conséquence sera que le Poney Rapide (c’était son nom) fera faillite au bout de trois mois sans avoir jamais réussi à livrer un seul courrier d’un bout à l’autre de sa couverture d’intervention. On peut le dire, c’est à partir de ce moment-là que les choses commencèrent à se gâter pour la grande histoire de la poste.

Lorsque le télégraphe1 fit son apparition (entraînant d’ailleurs la fin du Pony Express après deux ans de service seulement), les services postaux s’en emparèrent immédiatement. Jamais à l’abri d’une application détournée de toute technologie, la poste monta un service de réveil à distance.

Le principe était le suivant : on câblait un télégraphe jusque chez vous, vous demandiez à ce qu’on vous réveille à une certaine heure et un employé se chargeait de vous balancer des bips à l’heure prévue. Le récepteur du client était relié à un gramophone pour que le son soit bien audible. Bien évidemment, ce service échoua à trouver une clientèle pour plusieurs raisons :

  • Le coût était faramineux, sans compter qu’à l’époque on n’enterrait pas les câbles et que les fils visibles dans la rue, c’est moyen en zone dense.
  • L’employé s’endormait régulièrement, ce qui nuisait quelque peu à l’efficacité du système.
  • Un simple réveil-matin était bien plus précis et fiable, et coûtait bien moins cher.
  • Apple n’était pas encore là pour reprendre l’idée et annoncer que c’était une révolution dont vous aviez nécessairement besoin2.

Ce fut ensuite l’arrivée du téléphone, du minitel et d’internet, que les dirigeants de la poste regardèrent avec mépris en disant : « Pfeu, ça ne marchera jamais ». Ils eurent tort dans deux cas sur trois, mais malgré l’apparente haine de la Poste pour tout ce qui ressemble à une avancée technologique, la machinerie interne ne cessait d’évoluer.

Les centres de tri ont toujours été le point névralgique de la Poste. Rediriger le courrier avec un maximum d’efficacité et de rapidité vers les bureaux de poste locaux est un défi permanent.

Les premiers centres de tri étaient bien évidemment manuels, des employés ne voyant quasiment jamais la lumière du jour s’éreintaient les yeux à déchiffrer les adresses écrites sur les lettres et paquets. Le développement de la médecine et des pharmacies, ainsi que de la détestable habitude de leurs praticiens d’écrire comme des cochons fut d’ailleurs responsable des grandes grêves de 1909.

Par la suite, avec l’arrivée de la bureaucratisation galopante en vigueur dans nos administrations depuis la seconde guerre mondiale, on nomma des responsables pour surveiller des groupes d’employés, puis des responsables pour surveiller et encadrer ces surveillants. Le budget n’étant pas extensible, on finit par prendre des postes d’employés pour créer des responsables. Le point culminant fut atteint en 1974, lorsqu’un employé du tri fit grêve au centre de tri postal de Colombes en Île de France. L’acheminement du courrier fut ainsi totalement interrompu pendant 10 jours. Il s’avéra qu’il était le seul employé à faire du tri sur l’ensemble de la France, tous les autres étant responsables de quelque chose. Cet homme anonyme n’avait ainsi pas pris de congés ni eu de jours de repos depuis 3 ans, lorsque son collègue était parti en retraite. Cette histoire n’a jamais été publiquement dénoncée par les syndicats, vu que les délégués syndicaux étaient eux-même des responsables (de la vitre de la porte de service pour le délégué CGT, et de l’ampoule du placard à fournitures pour celui de FO).

C’est alors qu’on mit en place les premières machines automatiques. Qui étaient en réalité des boîtes vides dans lesquelles on mettait des employés de petite taille (l’exiguïté des machines ne permettait pas aux personnes de plus d’1m52 de s’y introduire) qui faisaient ainsi un tri manuel. Mais le ministre des PTT qui visita le premier centre automatisé n’y vit que du feu et augmenta ainsi le budget des PTT de 140%.

Petit apparté sans lien avec le sujet de mon propos3 : le timbre postal fut probablement l’invention qui propulsa les services R&D4 de la Poste au Panthéon des Grands Nuisibles de la Civilisation. Pensez donc, forcer des millions de gens à ingérer de la colle au goût infect pour pouvoir appliquer volontairement une taxe sur sa lettre, c’était tellement aberrant que ça n’aurait jamais dû fonctionner. Et pourtant, l’adage « Plus c’est gros plus ça passe » se vit là encore vérifié.

Une langue parfaitement adaptée au léchage de timbres

La Poste tenta là encore de se faire un peu plus de sous en ouvrant un service spécial de lécheur de timbres. Les membres de ce service étaient rigoureusement sélectionnés pour leur salivation modérée (trop de salive et la lettre était noyée, pas assez et le timbre ne collait pas) et la taille de leur organe qui devait être conséquente (on parle toujours de la langue là, hein) pour les gros timbres. Des rumeurs à ce jour invérifiables font mention d’un laboratoire secret de la Poste qui aurait pratiqué l’eugénisme dans le but de créer des individus parfaits pour remplir les conditions mentionnées ci-dessus.

Ce fut encore un fiasco : les gens étaient peut-être idiots, mais pas à ce point. Le Gouvernement français ordonna aux employés de bureaux de poste de proposer gratuitement ce service de léchage de timbres. C’est à peu près à cette époque qu’on vit arriver les premiers timbres autocollants, mais le Directeur Général jura sur la tête de sa maman que ce n’était qu’une coïncidence.

La grosse majorité de ce que je viens de vous raconter sort directement de mon imagination, cela va de soi. Et là, vous vous dites : « ok c’est bien ton truc, mais où tu veux en venir au juste ? »

Ce qui suit est certifié exact par l’Institut de Vérification des Assertions Véridiques.

J’ai commandé des pièces informatiques sur un site internet, qui me les a expédié via colissimo, le service de transport de colis de la Poste.

Après une attente assez longue, voici ce que je vois sur le suivi de mon colis via Internet :

On fait tout ce qu'on peut pour vous livrer. Ah ah.

On fait tout ce qu’on peut pour vous livrer. Ah ah.

Évidemment, il n’y a aucun moyen de contacter qui que ce soit via la page de suivi pour savoir quelle est la partie manquante, et encore moins de pouvoir la renseigner.

Il y a une raison à cela, et vous allez vous en rendre compte sur la photo de l’adresse de destinataire inscrite sur le colis :

Je cherche encore le renseignement qui manque sur l'adresse...

Bien évidemment, j’ai modifié les éléments de l’adresse, mais la présentation et le nombre de renseignements sont identiques.

Ce serait plutôt gênant pour la personne qui aurait à répondre à ma demande de me dire quel renseignement manque sur l’adresse de destinataire, étant donné qu’il n’en manque aucun.

La préposée à mon colis est certes très mignonne, mais si elle croit que mon colis se trouve dans son décolleté…

C’est d’ailleurs plus vicieux que ça, puisque la société expéditrice n’ayant pas eu de confirmation de livraison, elle a lancé une demande de localisation, qui est une procédure permettant de savoir où se situe le colis. En réalité, je suppose que cette procédure fonctionne un peu dans le même principe que le « coup de pied au cul » : la personne chargée de traiter mon colis reçoit cette demande de localisation, elle a peur et elle finit par traiter tous les colis qu’elle a en attente jusqu’à ce qu’elle oublie à nouveau que son boulot est d’acheminer des colis vers leur destinataire.

 

Et j’ai reçu mon colis sans faire aucun changement sur l’adresse de destinataire.

 

Note : je précise pour contrebalancer l’excédent de mauvaise foi qui parsème mon propos que c’est la deuxième fois que ça m’arrive. Des transporteurs nous livrent chaque semaine du matériel à cette adresse sans que ça pose le moindre problème, sauf avec Colissimo.


  1. On parle ici du télégraphe électrique, puisque le télégraphe optique (les signaux lumineux ou de fumée) existaient déjà depuis longtemps. 

  2. Oui c’est un vilain troll, d’autant que sans Apple les smartphones et les tablettes ne seraient pas encore démocratisés, seraient bien plus moches et moins ergonomiques. Ça n’empêche pas de critiquer le côté puant de leur communication. 

  3. Je n’avais en réalité aucune obligation de le mentionner étant donné que vous ne connaissez pas encore le sujet de mon propos. 

  4. Recherche et Développement. C’est censé être dans toute société qui  se respecte un service génial où on joue au savant fou. 

Je suis un fan de curling, vite je commente !


Je n’ai jamais tant écrit de LOL dans une note…

Pondu le 9 juillet 2012 - 22 commentaires

Vous le savez peut-être, mais la nouvelle édition du Petit Robert est arrivée. Et parmi les nouveaux mots, on trouve l’interjection « LOL ».

Comment pourrais-je un jour faire face à mes responsabilités de père avec une telle absurdité ? Quand Mini-Moi aura 15 ans et sera en pleine crise d’adolescence, le visage ravagé par des attaques d’acné, le timbre fluctuant à cause la mue, l’air rebelle contrebalancé par le ridicule de son appareil dentaire1, que pourrais-je donc lui rétorquer lorsqu’il me dira : « Ouais, mais toi t’as laissé faire quand ils ont mis le mot LOL dans le dico, t’es qu’un vendu ! ».

Je vais donc tenter de vérifier objectivement si cette laideur linguistique a vraiment sa place dans notre dictionnaire, ainsi que dans notre belle langue :

J’ai entendu ici et là des commentaires comme quoi la langue française est vivante, qu’elle s’adapte aux époques, et que donc les dictionnaires doivent refléter ces changements. Sauf que LOL n’est pas un mot mais un acronyme, et qu’en plus c’est un acronyme anglais.

Français : 1 – LOL : 0

Inscrire LOL au patrimoine de la langue française, c’est aussi prendre le risque de voir fleurir dans quelques années des lettres de cette sorte :

Monsieur le directeur,

Je répons à l’annonsse pour le boulot d’expert contable. Com vous le voyé, je kiffe plus les chifres que l’écriture. LOL.

Embauché-moi !

A+

et

Franssé, frenssaises,

On a bien rigolé avec la réforme scolère obligée passque le franssé cété tro dure, et on a tou simplifié. Mé maintnent on a plu de sous aussi. On é en galère grave, et sa mère l’Europ elle nou aide meme plu. C’est la crise, va falloir qu’on baisse lé salères de tou le monde et kon mette des tax et des impôts de batard. Mais cé que pour 1 an hein, LOL.

Bisous !

Le président de la République,

Kevin ‘KeV_DarK01’ Martin.

Je suppose néanmoins que ce genre de lettres se trouve déjà dans la poubelle de nombre de DRH, quand on voit qu’un niveau orthographique correct n’est même pas un prérequis pour devenir Prof’. De fait, l’officialisation du mot LOL2 ne devrait pas provoquer de bouleversements majeurs autre que des envies de meurtres et des larmes de sang chez les personnes qui lisent les candidatures.

Français : 1 – LOL : 1

Parce que oui, comment ensuite dire à nos chères têtes blondes, brunes, rousses, couleurs intermédiaires ou chauves que ce n’est pas parce que c’est dans le dico qu’il faut l’utiliser ? Remarquez je dis ça, je suppose qu’on peut trouver quantité de gros mots dans le dictionnaire qu’il ne vaut mieux pas employer lors de dîners chez l’ambassadeur, surtout quand on a la bouche pleine de Ferrero Rochers3. Mon argument est donc caduque cette fois encore.

Français : 1 – LOL : 2

L’acronyme LOL étant toutefois un truc de jeunes, il est comme toutes les expressions juvéniles automatiquement périmé et ringard lorsqu’il passe dans l’usage courant. Du coup, il se peut fort bien que tout le monde trouve dans quelques années qu’il est complètement débile d’avoir mis4 cette expression désuète et sans intérêt dans un dictionnaire, et que le mot LOL sorte par la petite porte sous les huées de la foule des vrais mots. Peut-être que dans 30 à 50 ans, un jeune trouvera que prononcer LOL donne une classe sublime et qu’il pourra ainsi glisser une main dans le string de sa voisine de classe de CM2 (à cette époque même les bébés porteront des couches en string), mais au moins on y aura échappé entre-temps.

Français : 2 – LOL : 2

On ne peut faire aucun jeu de mots décent avec l’interjection LOL. Et je pense que la capacité à faire un calembour ou à la rigueur un sous-entendu graveleux est un très sérieux indicateur de la valeur ajoutée d’un mot dans la langue française.

Français : 3 – LOL : 2

Les professionnels du Scrabble et autres jeux à base de lettres me jetteront leurs jetons pour ça, mais pouvoir utiliser LOL au scrabble permettra enfin d’écouler certaines de ces foutues lettres qu’on a en double et dont on ne peut rien faire. Surtout qu’auparavant on devait avoir deux « L » et deux « O » pour pouvoir faire un mot d’un niveau intellectuel semblable à LOL.

Français : 3 – LOL : 3

Passons au côté visuel de la chose : la haute littérature française évoque quelque chose de majestueux, de complexe et raffiné :

Classe et glamour, deux choses qu’on voit rarement sur ce blog.

Pour le LOL… on passe dans le tape-à-l’oeil, le vulgaire et… euh…

C’est incroyable, on l’entend presque crier LOL.

 

Bon ben là je crois que c’est à chacun de choisir. Ne comptez pas sur moi pour vous dire à quelle demoiselle va ma préférence.

Avec un score final de 4 pour LOL et de 3 pour la langue française, il semblerait donc que LOL a mérité sa place dans le dictio… Ah mince, je me suis trahi. Alors que je suis certain que pas un de mes lecteurs n’aurait parié sur la bonne demoiselle vu l’exceptionnelle qualité artistique des dames courtement vêtues qui agrémentent habituellement mes notes.

Mes recherches m’auront tout de même enseigné deux ou trois choses :

  • Tout d’abord qu’un éditeur de dictionnaire peut lui aussi être prêt à tout pour « faire le buzz » (Je suis désolé d’avoir écrit ça ici, je ne rembourserai pas ceux qui ont eu des saignements dans l’œil à la lecture de cette infâme expression), y compris à abaisser le niveau de qualité de son ouvrage.
  • Ensuite que de se faire photographier nu en train de lire est un fantasme que je ne connaissais pas et qui semble pourtant assez répandu, surtout chez les hipsters (Et je vous garanti que c’est tout sauf érotique, je n’avais jamais vu autant de poils au cours de mes recherches).
  • Qu’il existe des photographies de Megan Fox en train de lire. C’est un scénario aussi crédible que les films dans lesquels elle a joué.
  • Et enfin que vraiment ce fantasme de se faire photographier à poil, c’est curieux. D’ailleurs il semble que sa variante plus extrême soit de se faire photographier nue dans une librairie/bibliothèque (oui apparemment celui-là c’est surtout un truc de femmes, alors que à poil en train de lire c’est plutôt les messieurs…).

A voir aussi : L’avis de l’Odieux Connard sur le sujet.


  1. J’ai moi-même souffert d’une implantation dentaire assez fantaisiste étant petit, et j’ai donc été équipé d’un appareil métallique utilisé pour torturer les sorcières sous l’inquisition quand j’étais ado. C’était pas beau à voir. 

  2. Oui je sais, il n’est pas vraiment officiel, mais la plupart des gens le penseront quand ils le verront dans le dico. 

  3. Si vous avez compris la relation ambassadeur/Ferrero Rocher, vous étiez déjà devant la télé entre 1993 et 2002. sinon, voici de quoi vous éclairer : http://www.youtube.com/watch?v=j5d1qIDv4Jc

  4. Merci à Jibé et Eva pour la correction, et pardon pour la grosse fôte. 

Je trouve qu'on ne parle pas assez de poneys ici, vite je commente !