Tout ceci est vraiment barbant

Pondu le 31 décembre 2019 - 1 commentaire

Les gens qui viennent de temps à autre voir si je n’ai pas pondu une nouvelle note sur ce blog, Albane et les gens qui me demandent un service pas urgent ont en commun d’être persuadés que j’ai un poil dans la main long comme ma b…1.

Et ils ont totalement tort. Je ne suis pas feignant, je suis procrastinateur. Mais du genre procrastinateur compulsif.

Tant qu’on parle de poils, je pense qu’il est temps d’aborder un sujet qui fait bien plus consensus que de savoir qui de l’hippopotame ou de l’éléphant est le plus balèze : les intégristes et la barbe.

Notons d’emblée que les femmes sont infériorisées sur ce sujet. Vous ne verrez jamais de barbue islamiste, hipster ou guérillero. Les femmes n’étant en temps normal pas pourvues de pilosité faciale, elles ne voient pas l’intérêt de recourir à la chirurgie esthétique pour se faire pousser la barbe. Et si par malchance elles ont des poils faciaux, elles ont plutôt tendance à ne pas les arborer fièrement.

Comme à l’accoutumée ici, on va donc classer les femmes dans la catégorie « vague nuisance qui nuit à la pureté du propos » et ne plus les mentionner ensuite.

L’intégrisme, c’est avant tout l’histoire d’une personne qui se noie dans ses idées : on commence par trouver le truc sympa, puis on en parle autour de soi, puis on commence à prendre à partie les gens en disant que c’est mieux que ce qu’ils ont déjà, et pour finir on veut brûler tous ceux qui ne pensent pas exactement comme soi.

Les intégrismes suivent à peu près tous les mêmes codes :

  • Le rejet de ceux qui ne promeuvent ni ne se conforment aux doctrines de l’idéologie
  • Une vénération sans borne de leaders pourtant souvent controversés
  • Une argumentation sans limite de mauvaise foi
  • Le refus de convenir qu’on peut vivre en accord avec soi-même sans pour autant suivre les préceptes de l’idéologie
  • La croyance ferme que les infidèles recevront tôt ou tard un retour de karma, si possible pour l’éternité et dans la plus grande souffrance

Dit comme ça, on pense tout de suite aux extrémistes des grandes religions monothéistes, et assez curieusement aux athées2. Mais l’intégrisme est partout et ses sujets d’application sont bien plus vastes :

On trouve des intégristes dans les religions évidemment, dans les experts informatiques, dans les critiques (littéraires, de cinéma, de mode, de bouffe et évidemment de musique), dans les courants vestimentaires, dans tout ce qui contient de la technologie, dans tout ce qui n’en contient pas, dans tout ce qui roule, dans tout ce qui se lèche (je pense aux timbres évidemment), et dans plein d’autres domaines bien sûr (on ne va pas tous les passer en revue non plus).

Mais alors comment reconnaître à coup sûr un intégriste ?

  • À son accoutrement particulier qui lui permet de se différencier de la masse vulgaire tout en devenant un clone vestimentaire des autres pratiquants de son idéologie ?
    Mmh possible pour les chasseurs, les motards en Harley ou les fans de Johnny, mais certains intégrismes n’ont aucune particularité vestimentaire comme les athées et les anti-noëllistes – qui sont souvent les mêmes d’ailleurs.
  • À son hygiène douteuse ?
    Si ça s’applique très bien aux barbus du Logiciel Libre, aux altermondialistes et aux fondamentalistes de tout poil, ce n’est pas forcément le cas pour les fondus du diesel, les adeptes de la musique sur vinyle ou ceux qui ne mettent pas de chaussettes dans leurs chaussures de ville, et ce n’est pas vraiment représentatif des fanboys Apple ou des gens bossant dans la communication.
  • À son jargon volontairement obscur et compréhensible seulement par les gens de la même mouvance que lui ?
    Admettons pour les sociologues, les admins système ou les traders. Mais c’est déjà moins vrai pour un catholique de base (on ne parle pas des fondus de théologie) ou un collectionneur de Lego. Et un vegan pourra parfaitement se faire comprendre de n’importe qui, tout comme un noëlliste (oui, nous existons).

Il n’y a en réalité qu’un seul élément vraiment distinctif qui vous montrera à coup sûr que vous avez affaire à un intégriste : la barbe.

Le degré d’intégrisme est proportionnel à la longueur de la barbe.

Ça c’est pour le postulat de base. Mais l’être humain n’étant par nature pas égal à son prochain, il se peut qu’un être ne puisse pas refléter à l’extérieur toute la force de conviction qu’il possède en lui : en gros, il aura beau être le plus fervent défenseur de son idéologie, il n’aura que trois poils de fesse en guise de pilosité faciale.

C’est pourquoi cette règle ne doit pas être prise dans ce sens mais plutôt ainsi :

Si un type adhère à une idéologie et qu’il a une grosse barbe, alors c’est un intégriste.

Voyez, c’est tout de suite plus clair. Par contre ça ne s’applique absolument pas à ceux qui comme moi ont une pilosité faciale contrariée et contrariante, mais je n’ai jamais prétendu être un garçon inclusif et j’ai d’ailleurs déjà écarté les femmes de mon argumentaire, on peut donc exclure aussi ceux dont les poils faciaux n’en font qu’à leur tête.

Je suppose que pour eux on pourrait bricoler un corolaire qui dit que si quelqu’un adhère à une idéologie et qu’il a une pilosité faciale vraiment ridicule, alors c’est un intégriste contrarié3.

Il existe d’ailleurs une forme d’intégrisme qui s’est joyeusement répandue ces dernières années et qui pour le coup n’est pas du tout inclusive : les barbus. La mode était à la barbe, la plus soyeuse et fournie possible. Les gens qui ne pouvaient en dépit de leurs injonctions se laisser pousser un collier velu suffisamment épanoui était donc moqués et mis à part.

Ne cliquez pas sur cette image, cette jeune femme ne ronronnera pas. Et vous pourriez bien attraper sa photoshopose.
Cas pratique : cette personne est-elle une intégriste pro-chats ?
Vous avez deux heures.

Et que faire alors si on a affaire à un barbu ?

Écartons d’emblée la possibilité de dialoguer avec lui : le barbu (au sens intégriste du terme) n’admet que ses propres idées. Les concepts qui ne collent pas avec sa vision sont juste bons à être rejetés en bloc. Vous pouvez à la rigueur tenter de débattre, si vous vous ennuyez vraiment ou que vous cherchez un peu de spectacle. Ce sera l’occasion de tester votre mauvaise foi en tentant de rivaliser avec la rhétorique du barbu, et un entraînement régulier à cet exercice pourrait vous aider dans vos futures négociations salariales ou conjugales.

Le mieux, c’est encore de lui dire bonjour par politesse et de l’ignorer ensuite.

Mais si vous êtes amené à converser avec cette personne et que vous devez rester courtoisement en bon terme avec elle, parlez-lui de la seule chose qui va vraiment l’emplir de joie sans qu’elle essaie de vous convertir à son idéologie : sa barbe.


  1. Et je veux bien sûr parler de ma baignoire, qui fait 1m70. 

  2. Un athée croit fermement à l’inexistence de Dieu, même s’il ne peut pas prouver qu’il n’existe pas. Un agnostique quant à lui part du principe que comme on ne peut rien prouver scientifiquement en la matière, chacun peut croire ce qu’il veut. Il est l’inverse exact d’un intégriste. Les agnostiques peuvent donc même être croyants. 

  3. Et c’est de ceux-là qu’on devrait le plus se méfier, parce que c’est eux qui pensent avoir le plus à prouver. 

On est bien sur skyblog ici ? Vite, je commente !


Votre assureur vous veut du bien

Pondu le 29 juin 2010 - 9 commentaires

On mesure rarement tous les risques qu’on prend au quotidien. Tenez, rien qu’en sortant de chez vous vous pourriez vous faire renverser par un camion, vous faire attaquer par un extra-terrestre ou vous faire aplatir par un avion dont les moteurs sont tombés en panne et qui aurait le bon goût de venir s’écraser sur votre petite personne.

C’est pour cela que des gens forcément bien intentionnés ont inventé les assurances. Passons sur l’hypocrisie de ce milieu, dont la plus flagrante est que l’assurance-vie ne vous garanti absolument pas contre la mort. De toute façon il vous tombera toujours une tuile sur la tête qui ne sera pas couverte par la flopée d’assurances auxquelles vous aurez souscrites. Le calcul d’un assureur est simple, vous devez lui filer un maximum de sous qu’il essaiera de ne jamais vous rendre. De fait, personne ne vous souhaite autant de bonheur et de bonne santé que votre assureur, car moins vous avez de soucis moins vous lui coûtez.

Il est bien entendu que les assureurs n’ont pas affaire qu’à des gens qui vivront centenaires sans aucun souci, qui n’auront jamais d’accident de voiture ou d’infiltration d’eau dans le plafond, sans se faire cambrioler ou avoir un appareil qui tombe en panne. Le problème fut soulevé à l’Assemblée Générale du Club Secret des Compagnies d’Assurances en 1612, association regroupant la plupart des assureurs depuis l’invention de ce métier1. Le débat fut houleux, bien que très calme comparé au fameux Congrès Scientifique de l’Académie de Boston en 1902, pendant lequel on essaya de trancher la question de savoir qui était le plus balèze entre un éléphant et un rhinocéros2.

Un petit malin, fondateur d’une compagnie d’assurance assurant les autres compagnies d’assurances (ne rigolez pas, ça existe vraiment et c’est le principe de la réassurance) proposa la mise en place de clauses suspensives qui permettrait de filer par la porte de derrière en cas de réclamation de dédommagement de la part des assurés-clients.

Evidemment les clauses suspensives furent d’abord totalement farfelues. Parmi les milliers de contrat-types répertoriés dans les archives de la Bibliothèque Secrète du Club Secret des Compagnies d’Assurances3, on trouve notamment ces clauses rédigées par une compagnie peu scrupuleuse peu après cette assemblée :

Sont exclus des sinistres :

– Les accidents de circulation, quelque soit l’implication de l’assuré dans ceux-ci.

– Les sinistres survenus en dehors du domicile de l’assuré.

– Les intimidations et manœuvres de recouvrement commises par un usurier auprès duquel l’assuré a contracté un emprunt, quelque soit le niveau de violence exercé.

– Les condamnations à mort, quelque soit la culpabilité de l’assuré dans l’affaire qui a mené à prononcer cette condamnation.

– Les sinistres survenus à l’intérieur du domicile de l’assuré.

– Les rixes ou duels, quelque soit la volonté de l’assuré d’y participer.

– Les vols et pertes de marchandises, au titre que l’organisme assureur ne peut vérifier la bonne foi de l’assuré. Le principe de précaution s’applique alors et l’assuré est considéré comme fraudeur à l’assurance, à laquelle il devra des indemnités compensatoires pour fausse déclaration de sinistre.

Puis les Chefs d’Etat entreprirent de mettre un peu leur nez veiné de sang bleu (ils étaient tous rois ou empereurs) dans tout ceci, et de modérer un peu les ardeurs des assureurs envers leurs assurés, d’autant que même un roi doit être assuré. On se souvient tous du 1er mars 1720, où Frédéric de Suède alors Roi depuis un jour seulement se fit entarter par un Prussien revanchard. Malgré les réclamations du monarque, son assurance refusa de le dédommager pour le nettoyage de sa perruque pleine de crème pâtissière, sous prétexte que cet incident était survenu le premier jour du mois et que c’était une clause suspensive. Suite à cet évènement il fut décrété que les entartages seraient punis de mort4 et que les clauses suspensives devraient désormais être “raisonnables”,  sans quoi il y aurait des têtes qui tomberaient et sans aucune indemnité qui plus est.

Bien évidemment les assureurs firent “oui oui” de la tête avec un air contrit, et n’en firent tout de même qu’à leur tête. C’est ainsi que 290 ans plus tard j’ai trouvé la chose suivante sur mon contrat d’assurances de la banque chez qui je viens d’ouvrir un compte :

Je décerne donc le Prix Spécial de Globalement Inoffensif à l’auteur de ce contrat d’assurance bancaire. D’autant que cette clause ne veut rien dire, puisque tout atome a un noyau. Je rappelle tout de même que l’Univers est constitué d’atomes (qui sont eux même constitué de nucléons, eux-mêmes composés de quarks et de gluons), et qu’on ne mentionne pas dans la clause de quel noyau d’atome on parle. Ce qui permet virtuellement d’exclure n’importe quel sinistre puisque des désintégrations d’atomes, ça arrive tout le temps dans l’Univers.

Note du Rat de Bibliothèque à poils courts : En faisant mes recherches, j’ai découvert que cette mention apparaissait dans plusieurs contrats d’assurances. Je ne sais pas s’ils proviennent de la même compagnie à la base, mais l’ânerie est donc assez répandue.


  1. Les assurances existent depuis 4000 ans environ, on en trouve la trace chez les Babyloniens. 

  2. Les survivants jurèrent que plus jamais le Monde Scientifique n’aborderait la question, mais on sait tous que la question continue chaque année de provoquer des émeutes dans toutes les universités et colloques scientifiques. 

  3. Comme vous pouvez le constater, c’est une organisation qui cultive le culte du secret et de la discrétion. 

  4. Ce qui explique que ce phénomène ne soit revenu à la mode qu’après l’abolition de la peine de mort en Europe. 

Je trouve qu'on ne parle pas assez de poneys ici, vite je commente !